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Forêts de sapins Douglas : originaires d'Amérique du Nord, ils sont importés en France dans les années 60 et sont l'objet de monocultures qui affectent la biodiversité

Le Pin de Douglas, catastrophe des forêts ?

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Le Superfail de cette semaine s’intéresse à un phénomène méconnu qui affecte pourtant nos espaces forestiers depuis des années : la prolifération de monocultures de pins de Douglas. La logique industrielle qui sous-tend leur production a en effet un impact dévastateur sur notre biodiversité.

Forêts de sapins Douglas : originaires d'Amérique du Nord, ils sont importés en France dans les années 60 et sont l'objet de monocultures qui affectent la biodiversité
Forêts de sapins Douglas : originaires d'Amérique du Nord, ils sont importés en France dans les années 60 et sont l'objet de monocultures qui affectent la biodiversité Crédits : Kativ - Getty

Les forêts vont bien, elles sont pleines de sapins, de Douglas plus précisément. Oui, mais... dans les forêts comme dans le reste, le poison, c'est la dose ! Pour comprendre les méfaits de la surproduction de sapins Douglas en France, nous nous sommes tournés vers Gaspard d’Allens, auteur de l’ouvrage Main basse sur nos forêts aux éditions du Seuil : 

Le pin de Douglas : l’importation d’une logique industrielle 

A l’origine, le sapin de Douglas est un arbre que l’on retrouve au cœur des forêts nord-américaines. Réputé pour son bois solide propice à la construction, il est importé en France dans les années 60, mais son importation s’accompagne d’une logique de production industrielle qui semble avoir transformé durablement une partie de nos forêts. Pour Gaspard D’Allens, le fait de privilégier les monocultures de Douglas dans le Limousin et dans le Morvan notamment, a entraîné une perte de biodiversité significative : 

Les monocultures de forêts créent un désert biologique, parce qu’il n’y a pas d’arbre mort, il n’y a pas d’arbre naissant. Il faut imaginer que ce sont des arbres qui ont tous le même âge, la même hauteur et que l’on va ensuite faucher au même moment. 

En coupant le sapin de Douglas prématurément, à 35 ans, celui-ci n’a ainsi pas le temps de redonner à son environnement ce qu’il lui a pris pour se développer, ce qui participe activement à la stérilisation des sols, et par voie de conséquence, à la désertification des forêts. 

Les intrants chimiques 

Si la plupart des consommateurs sont aujourd’hui conscients de l’utilisation d'intrants chimiques dans l’agriculture, peu savent en revanche que nos espaces forestiers sont aussi sujets à ce genre de pratiques. L’utilisation d’herbicides et de pesticides est en effet fréquente dans le cadre des monocultures forestières :

Qui sait qu’en forêt on utilise près de 60 types d’herbicides, de pesticides. Pour dégager les parcelles, enlever les ronces, pour que les plants puissent se développer, pour aussi dévitaliser les souches quand les arbres ont été coupés. Voilà, pour « nettoyer les parcelles ». C’est ce que les industriels appellent un « champ propre », mais c’est aussi un champ sans vie.

En important les pins Douglas en France et en privilégiant une logique de production industrielle de ces conifères, l’usage des intrants chimiques s’est généralisé et les conséquences de cette pratique sur nos espaces naturels apparaissent particulièrement néfastes. 

Les raisons d’une telle logique industrielle 

Si le Douglas est connu pour la robustesse de son bois, il est étonnant de constater qu’en France, il est finalement assez peu exploité. Dans le Limousin par exemple, il est très utilisé pour produire des palettes, soit un usage extrêmement bas de gamme de l'arbre. 

Ce phénomène s’explique par la diminution drastique du nombre de scieries sur le territoire national (passant d’environ 15 000 dans les années 60 à environ 1 400 aujourd’hui). Pour maximiser la rentabilité de la production des pins de Douglas, une grande partie du bois produit par ces monocultures est donc finalement exportée en Chine : 

C’est ça en fait le grand drame économique de nos forêts, c’est que les troncs qu’on abat, on les envoie directement en Chine. (…). Ils ont des tarifs douaniers qui sont favorables, et la transformation est moins chère là-bas. 

Pour enrayer l’expansion des logiques industrielles au sein de nos espaces forestiers, l’un des moyens privilégiés semble être d’informer le public sur ces pratiques. Si nous sommes aujourd’hui très préoccupés par la le processus de production des biens alimentaires, une même exigence devrait être observée dans le secteur du bois, qui nous entoure au quotidien. Mais pour espérer un réel changement, la seule prise de conscience citoyenne ne suffira pas : il semble également indispensable de lutter activement contre certains lobbys particulièrement impliqués dans le maintien de ces pratiques. 

Extrait diffusé : Le Temps des forêts, un documentaire de François-Xavier Drouet

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