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Femme libanaise devant un kiosque de presse à Beyrouth le 08/11/20

Le Liban se reconfine sur fond de crise généralisée

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Cent jours après l'explosion du port de Beyrouth, la classe politique libanaise s'enferme dans le déni de ses responsabilités et reste incapable de former un nouveau gouvernement, malgré l'urgence sanitaire. En Chine, les restaurants de grenouilles font fureur... et c'est grâce à Fidel Castro !

Femme libanaise devant un kiosque de presse à Beyrouth le 08/11/20
Femme libanaise devant un kiosque de presse à Beyrouth le 08/11/20 Crédits : Anwar Amro - AFP

Plusieurs titres dans la presse nous ramènent au Liban ce vendredi.

A commencer par plusieurs articles qui nous annoncent, Arab News en tête, que le Liban va se reconfiner, à partir de ce samedi, pour au moins deux semaines. Reconfinement "total", avec couvre-feu de cinq heures du soir à cinq heures du matin, voilà les consignes dictées par les mots du Premier ministre démissionnaire Hassan Diab qui gère toujours les affaires courantes en attendant une résolution de la crise politique… mais on va y revenir dans un deuxième temps.

Sur la crise sanitaire toujours, le Liban vient de franchir le cap des 100 000 personnes contaminées au Covid-19, constate le Daily Star de Beyrouth, près de 2000 nouveaux cas enregistrés pour la seule journée d’hier. On rappellera juste que le Liban a une population dix fois moins importante que celle de la France : il y a donc déjà de quoi s’inquiéter, d’autant, ajoute Reuters, que le système de santé libanais… n’est clairement plus en état d’affronter un nouveau pic épidémique : avec la crise économique, cette fois, qui fait des ravages depuis plus d’un an, l’Etat libanais et son système bancaire sont en état de faillite avancée, les hôpitaux ne sont plus financés,  et conséquence directe, les médecins quittent le pays par centaines. Un véritable "exode", tel que le décrit Reuters, qui prive le Liban de ses talents, prive Beyrouth de de sa réputation de capitale médicale du Moyen-Orient, et prive la population des moyens de se soigner correctement. 

Une population qui reste très marquée par l’explosion qui a ravagé le port de Beyrouth il y a précisément cent jours. Et ce sont aussi ces 100 jours qui amènent certains journaux internationaux à s’intéresser à nouveau au Liban. The Guardian par exemple publie un reportage long format nourri de nombreux témoignages de victimes et illustré par des photos qu’ils ont prises, des vidéos privés ou de caméras de surveillance qui nous replongent de manière très vivante, dans cette "nuit d’horreur", telle que la décrit le quotidien de Londres. 

Il faut se rappeler de l’onde de choc, dans tous les sens du terme, de la blessure que ce drame a laissé chez les habitants de Beyrouth, avant de se plonger cette fois dans l’article de L’Orient-le Jour où les associations de victimes vident leur sac contre la Justice et leurs dirigeants politiques incapables de faire remonter l’enquête sur les vrais responsables, protégés par leur immunité. 

L’Etat libanais et plus particulièrement le procureur général en charge de l’enquête, lit-on, "vivent dans le déni le plus complet et continuent de traiter ce drame national comme un accident regrettable". Les organisations de victimes voudraient en particulier "que soient levées les immunités constitutionnelles des parlementaires et des ministres qui se sont succédés depuis 2013 au ministère des Travaux publics et dont la responsabilité dans la catastrophe est [selon eux] établie" dans le mauvais entretien des "2750 tonnes de nitrate d’ammonium, abandonnés dans le hangar 12 du port de Beyrouth pendant des années sans aucune protection et tout près de produits hautements inflammables", jusqu’à donc cette nuit du 4 août 2020.

Quant aux dirigeants politiques libanais, ils ne parviennent toujours pas à s’entendre pour former un nouveau gouvernement. C'est, dixit L’Orient-Le Jour, "l’affligeant constat" dressé par l’émissaire d’Emmanuel Macron, Patrick Durel, qui termine ce vendredi une visite de trois jours à Beyrouth. Les promesses faites cet été au président français ne sont pas tenues, la formation d’un gouvernement de mission composé de personnalités indépendantes des partis traditionnels n’avance pas, et selon les mots très durs de Yra Abi Akl et Fady Noun, "le Liban tourne toujours en rond dans une espèce de vertige suicidaire fait de calculs retors, d’échanges d’accusations, de ruses, de méfiance, de rivalités mesquines et de soif de pouvoir"

Emmanuel Macron a fixé comme ultimatum, condition du déblocage de l'aide humanitaire dot le Liban a cruellement besoin, la date du 11 décembre à laquelle il a prévu de se rendre à nouveau au Liban. Mais le chef de l'Etat n’a pas seul les clés de cette crise : le peuple libanais, même reconfiné, n’a pas dit son dernier mot, lui qui s’est soulevé depuis un an déjà contre l’incurie de sa classe politique et la profondeur de la crise économique dans laquelle il se débat. Le syndicat CGTL appelle d’ores et déjà à la grève générale, mercredi prochain, contre l’arrêt annoncé des subventions publiques sur les prix des produits essentiels, à commencer par les carburants et les médicaments. 

Pour terminer la semaine sur une note plus légère, direction la Chine où un nouveau type de restaurants fait fureur. 

Première information, les restaurants sont ouverts et l’on vit sans masque obligatoire en Chine, pays d’où est parti le coronavirus mais qui s’enorgueillit aujourd’hui de s’en être débarrassé.

Et donc, selon The South China Morning Post, ce qui fait fureur en ce moment ce sont les restaurants où l’on sert… des grenouilles. Des chaînes de fast-food ont même vu le jour, spécialisés dans les batraciens que l’on peut manger sous à peu près toutes leurs formes, "en ragoût avec du riz, des nouilles, poêlées, frites, grillées ou en soupe". 

Mais n’allez surtout pas imaginer, qu’il s'agit là d’un hommage à ce fleuron tant raillé de la cuisine française, pas du tout. On apprend énormément de choses dans cet article des pages lifestyle du South China Morning Post, et notamment que les grenouilles étaient des mets très populaires en Chine sous la dynastie Ming, du XIVe au XVIIe siècle. Mais les goûts ont évolué, et le savoir-faire ancestral pour élever des grenouilles dans des quantités industrielles s’est apparemment perdu en Chine. 

Et s'il a été retrouvé, au début des années 1960, c'est grâce au régime communiste cubain, ami de la Chine populaire, qui lui a réappris à élever des batraciens à des fins alimentaires. : figurez-vous qu'en 1962, une délégation de 400 grenouilles-taureaux cubaines a été envoyée de la Havane via Prague et Moscou, pour un voyage de 5 jours en avion... et ce sont leurs descendants que dévorent aujourd’hui les Chinois par millions. Les Chinois, en remerciement, ont offert des plants de riz aux Cubains et leur ont appris à cultiver des rizières. Si ça ce n’est pas de la géopolitique dans l’assiette, je ne sais pas ce qu’il vous faut !

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