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Viktor Orban à Bruxelles le 19/07/20

Le veto hongrois sur le budget précipite l'Union européenne dans une crise profonde

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En bloquant l'adoption du budget communautaire pour les 7 prochaines années, la Hongrie, rejointe par la Pologne, conteste le principe de conditionnalité des fonds européens au respect de l'Etat de droit. Aux Etats-Unis, le recomptage des votes en Géorgie mis sous pression par le camp Trump.

Viktor Orban à Bruxelles le 19/07/20
Viktor Orban à Bruxelles le 19/07/20 Crédits : John Thys / Pool - AFP

Un mot revient souvent dans les titres des journaux européens ce matin, et c’est le mot "crise".

L’Union européenne à nouveau en crise, et une crise "sérieuse", de surcroît, comme la qualifie le quotidien allemand Frankfurter Algemeine Zeitung. Ce lundi le budget de l’Union de 1800 milliards d’euros pour les sept prochaines années, incluant le plan de sauvetage spécial pandémie de 750 millions a été bloqué par deux Etats-membres, la Hongrie et la Pologne. 

On pourrait immédiatemment s’emporter sur l’inconséquence de ces gouvernements dits "illibéraux" d’Europe centrale qui empêchent d’Europe d’avancer dans le sens de la solidarité et de la résilience… mais il faut reconnaître une chose avec la FAZ : la Hongrie de Viktor Orban, qui mène cette fonde, avait prévenu dès le 5 novembre qu’elle opposerait son véto au budget. Elle n’acceptait pas cette mesure rajoutée à la loi de finance commune : la conditionnalité du versement des fonds européens au respect par les gouvernements des règles élementaires de l’état de droit. 

Un véritable "chantage, ourdi sur mesure contre Budapest par la présidence allemand de l’UE", s’emporte dans la presse hongroise la ministre de la Justice Judith Varga : elle rappelle que Bruxelles, mais aussi donc Berlin et Paris, n’ont rien fait pour éviter le véto d’hier, et "portent la responsabilité de ce budget qui s’est écrasé dans le mur".

La conditionnalité liée à l’Etat de droit, pour la ministre interviewée par le journal en ligne Index, c’est une "arme d’extorsion" indigne des règles communautaires, c’est tout bonnement "mettre de vagues critères idéologiques, politiques" à la solidarité européenne. 

On pourra lui rétorquer, avec El Pais par exemple à Madrid, que des principes comme l’indépendance de la justice, la liberté de la presse et de l'eneignement, l’état de droit en somme, ne sont pas une "idéologie" mais bien le socle des valeurs communes de l’Union. Le gouvernement Orban a là aussi une réplique : dans les colonnes du quotidien conservateur Magyar Hirlap, il affirme qu’"à Budapest on est aussi profondément attachés à ces valeurs que dans le reste de l’Union, mais que c’est aux Hongrois, et pas à Bruxelles qu’il revient de dire si elles sont correctement appliquées dans leur pays".

On voit donc que cette crise-là fait ressurgir des désaccords de fond sur la mécanique communautaire, et c'est ce qui inquiète le site Politico Europe : la crise est "institutionnelle". Ce n’est bien sûr pas comme si on découvrait aujourd’hui que certains pays d’Europe centrale ont leur propre vision de ce que c’est que d’être membre de l’UE… mais là forcément, quand le "hold-up" dont elle se rendent coupables bloque des milliers de milliards d’euros de budget, c’est à se demander si, d'après toujours Politico, on ne serait pas là face à "la crise de trop_" S_urtout quand on à quel point les Etats membres saignés par la pandémie ont besoin rapidement des milliards en question, et avec quelles difficultés pourtant la présidence allemande avait dû négocier pour mettre tout le monde d’accord sur ce plan de sauvetage "coronavirus".

L’UE est bel et bien "dans l’impasse, à la croisée des chemins", analyse un diplomate européen cité là encore par Politico : qu’on le veuille ou non, pour débloquer le budget, il va falloir trouver un moyen de ramener Budapest dans le bateau… et donc faire des concessions, sans doute sur le principe même de la conditionnalité et de l’état de droit. 

A Budapest, Viktor Orban le sait bien, comme ses alliés polonais à Varsovie dont le raid aux côtés des Hongrois ne fait pas l’unanimité dans la presse : sur le portail d’info et de commentaire Onet, l’éditorialiste Michal Broniatowski fustige la position de so gouvernement, qui par solidarité mal placée avec Budapest provoque "une crise énorme au sien d el’UE pour, dit-il, des raisons purement symboliques". Il s’agirait, selon Broniatowoski, de s’inscrire dans la dissidence avec l’universalisme des valeurs libérales affichées par Bruxelles, d’affirmer sa souveraineté nationale sur les questions des libertés et de l’équilibre des pouvoirs. Montrer une voie alternative très à droite, en somme, contre Berlin et Paris principalement… 

Tout ça, conclut Michal Broniatowski, pour contrer un mécanisme de conditionnalité lui-même très "symbolique" : si on y regarde vraiment de près, il contient tellement de gardes-fous qu’il ne risque pas de s’appliquer de sitôt, ni en Pologne, ni en Hongrie.

Aux Etats-Unis, le processus de recomptage des bulletins de vote de la présidentielle est toujours en cours dans l’Etat de Géorgie.

Deux informations reprises dans la presse américaine pour vous donner une idée de la tension qui règne, autour de cette opération : sur le site de FoxNews on apprend qu’à la faveur de ce recomptage manuel qui doit durer jusqu'à mercredi, on a découvert un lot de 2600 bulletins qui avait été tout bonnement oublié lors du premier dépouillement. Forcément, ça fait le miel des supporters de Donald Trump qui crient aux fraudes électorales depuis le 9 novembre mais n’ont jusque-là pu apporter aucune réelle preuve. 

Sauf que, modère FoxNews, sur un Etat fort de 5 millions de votants, ce genre d’erreur n’est malhuereusement pas exceptionnel et, surtout, pas forcément intentionnel. Et puis, en Géorgie Joe Biden l’a emporté avec plus de 14 000 voix d’avance, alors ces 2600 bulletins oubliées dans un coin ne changeront rien au niveau national.

Mais il y a surtout cette accusation, portée par le secrétaire d’Etat de Géorgie, le républicain Brad Raffensperger : il a révélé hier au Washington Post une conversation troublante qu’il a eue avec un proche de Trump, le sénateur Lindsey Graham, lequel lui a demandé si on ne pourrait pas tout simplement "jeter certains bulletins de vote tout à fait légaux", les faire disparaître à la faveur du recomptage pour modifier le résultat final. Tout ça a été suggéré sur le ton de l’allusion, sans en avoir l’air, explique l’élu républicain Raffensperger, mais c’était suffisament clair pour qu’il s’en émeuve, contre son propre camp, donc, dans la presse.

Depuis, bien entendu, Lindsey Graham a démenti toute tentative de faire pression frauduleusement sur le recomptage ; il qualifie ces accusations de "ridicules" et dit avor été mal compris dans ses questions. Mais comme nous le rappelle Richard Werly qui couvre la présidentielle américaine pour Le Temps suisse, ce ne serait pas la première fois que Brad Raffensperger est mis sous pression par le camp Trump : il vit même "un calvaire" depuis qu’il a refusé de crier aux fraudes et a reconnu la défaite du président sortant dans son Etat. Il fait partie de ces élus républicains qui ont décidé de ne pas suivre Trump dans son déni jusqu'au-boutiste et qui se retrouvent aujord’hui "honnis" au sein de leur propre parti politique.

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