LE DIRECT
Le Covid-19, pire ennemi de la culture ?
Épisode 1 :

Coronavirus, pire ennemi de la culture ?

5 min
À retrouver dans l'émission

Avant la pandémie de COVID-19, les nouveaux outils de diffusion culturelle que sont les plateformes numériques avaient déjà conquis une place privilégiée dans nos modes de consommation. Un phénomène qui s’est accéléré avec le confinement. Qu’en sera-t-il au sortir de cette crise ?

Partout dans le monde, des concerts sont annulés, des oeuvres prennent la poussière dans des musées vides, les cinémas s’ennuient de leurs spectateurs, les parcs d’attraction sont désertés.
Partout dans le monde, des concerts sont annulés, des oeuvres prennent la poussière dans des musées vides, les cinémas s’ennuient de leurs spectateurs, les parcs d’attraction sont désertés. Crédits : Bernd Thissen/picture alliance - Getty

Partout dans le monde, des concerts sont annulés, des oeuvres prennent la poussière dans des musées vides, les cinémas s’ennuient de leurs spectateurs, les parcs d’attraction sont désertés. Dans les pays où on a commencé à rentrouvrir les salles de spectacle, le public est accepté en nombre limité, afin d’éviter la contagion. Ce qui ne permet pas d’équilibrer les budgets et pose, à terme la question de la survie. Car, subventionnées ou pas, les entreprises culturelles sont aussi des entreprises. Comme les hôtels et les restaurants, elles peuvent faire faillite... 

Le spectacle vivant accablé, les plateformes plébiscitées

Cette saleté de Coronavirus est décidément l’ennemi de la culture. En particulier, des arts du spectacle. Car, bien sûr, la vie de l’esprit se poursuit, grâce au numérique, sur nos ordinateurs, nos smartphones et nos tablettes. Les plateformes, elles, n’ont jamais autant prospéré. 

Mais comme l’enseigne la "médiologie" de Régis Debray, les canaux par lesquels circulent les idées et les créations exercent une forte influence en retour sur le contenu de ces derniers. Avant cette crise, les nouveaux outils de diffusion avaient déjà conquis une place privilégiée dans nos vies. Cela s’est accéléré à cause du confinement. Qu’en sera-t-il au sortir de cette crise ?

La revue Foreign Policy publie, ce mois-ci, les témoignages et analyses de plusieurs intervenants du monde de la culture et du divertissement.

Streaming, 3D, storytelling : le futur des arts de la scène ?

Mark C. Hanson, le directeur-général de l’Orchestre symphonique de San Francisco, écrit : "Le soir du 6 mars, notre formation a donné la sixième symphonie de Mahler. Et c’était la dernière fois que notre orchestre se produisait devant un public. Les autorités locales nous ont, en effet, demandé d’annuler tous les concerts prévus depuis cette date. On peut dire sans exagérer que l’effet du COVID-19 sur les arts du spectacle a été dévastateur". La pandémie nous frappe au cœur : un orchestre existe pour rassembler une communauté autour d’une musique qu’il a répétée durant des semaines, afin de partager avec un public, son émotion. 

Ce que cette pandémie va laisser, c’est une capacité accrue des artistes à se connecter avec le public par la technologie. La scène qui s’imposera dans le monde du spectacle après son passage sera marquée, prédit Hanson, par l’essor du streaming, le recours accru à la réalité augmentée, et la mise en récit de la vie musicale. Ces nouvelles formes d’expérience numérique ne remplaceront pas le concert vivant. 

Je ne dois pas être le seul à aspirer désespérément à me retrouver dans une salle de concert, entouré d’autres amateurs de musique.          
Mark C. Hanson, directeur de l’Orchestre symphonique de San Francisco

Cinéma : la fin d'un modèle

Selon Jonathan Kuntz, historien du cinéma, à l’UCLA en Californie, "le Coronavirus a tué toutes les branches du modèle économique cinématographique et aucun respirateur artificiel ne les ramènera à la vie. _Mais ce modèle était déjà menacé depuis plusieurs années_. L’épidémie a juste accéléré des processus en cours. Les victimes les plus évidentes sont les salles de cinéma." Celles qui vont rouvrir vont former un "coin exotique de l’industrie du divertissement, destinés à fournir une expérience devenue rare et chère"

L’industrie du cinéma va devoir apprendre à se passer des revenus tirés de la projection en salle, mais aussi de la vente des DVDs et Blu-rays. Elle dépendra essentiellement du streaming, consommé à la maison. Kuntz ne le dit pas, mais il est évident que ce type de consommation domestique favorise deux formats - les séries, d'une part et les vidéos courtes,  de l'autre, au détriment des films de cinéma. 

La VOD, avenir du 7e art ?

La production tendait déjà à remplacer les acteurs vivants par l’imagerie numérique. Cela s’est beaucoup accéléré avec les mesures que les réalisateurs ont dû adopter en raison de l’épidémie. Décors et accessoires, qui mobilisaient d’énormes équipes, seront désormais générées de plus de plus sur les écrans d’ordinateurs. Des milliers de gens vont ainsi perdre définitivement leurs emplois. L’avenir du cinéma, s’il en a un, c’est l’imagerie générée par ordinateur, le spectacle chez soi, la vidéo en ligne. 

Tout autre son de cloche chez l’acteur, réalisateur et producteur islandais, Balthasar Kormakur. Si Hollywood est ravagé, c’est, dit-il, parce qu’aux Etats-Unis, l’épidémie a été gérée de manière désastreuse. En Islande, les équipes ont adopté des protocoles efficaces et les tournages ont pu continuer. 

"Notre problème, ce n’est pas le virus, écrit Kormakur, c’est que nous ne parvenons pas à trouver les professionnels dont nous avons besoin." Il prédit que les tournages ne vont pas cesser, mais se délocaliser. Vers les pays d’Europe qui ont le mieux géré l’épidémie et adopté les mesures de protection appropriées. 

Ce contenu fait partie de la sélection
Le Fil CultureUne sélection de l'actualité culturelle et des idées  Voir toute la sélection  
L'équipe
Production
À venir dans ... secondes ...par......