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Le pouvoir au Burkina est aussi détenu par les chefs coutumiers et notamment le Mogho Naaba roi des Mossis l’ethnie majoritaire du pays. 17 novembre 2020.

Les élections au Burkina Faso : le poids des traditions

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Le Burkina Faso vote dimanche prochain pour élire à la fois son Président mais aussi les 127 députés de l’Assemblée nationale.

Le pouvoir au Burkina est aussi détenu par les chefs coutumiers et notamment le Mogho Naaba roi des Mossis l’ethnie majoritaire du pays. 17 novembre 2020.
Le pouvoir au Burkina est aussi détenu par les chefs coutumiers et notamment le Mogho Naaba roi des Mossis l’ethnie majoritaire du pays. 17 novembre 2020. Crédits : Nathanael Charbonnier - Radio France

Cette année, près de 7,8 millions d’électeurs sont appelés à voter dans le "Pays des Hommes intègres", ce qui représente deux millions de plus qu’il y a 5 ans. Mais il faut noter qu’on estime que dans 20 % du territoire les électeurs ne pourront pas s'exprimer à cause notamment de l'insécurité. Le pays compte 1 million de déplacés.  

En attendant, les candidats mènent campagne dont le Président sortant Roch Marc Christian Kaboré. Une campagne officielle qui est regardée de près par un autre pouvoir, celui de la tradition dont l'importance se fait sentir jusque dans les urnes.

Reportage au Burkina Faso de notre envoyé spécial, Nathanaël Charbonnier

Campagne pour l’élection présidentielle le président sortant Roch marc christian Kabore candidat
Campagne pour l’élection présidentielle le président sortant Roch marc christian Kabore candidat Crédits : Nathanaël charbonnier - Radio France

"Les sages, c'est pas ceux qui ont la cravate ou qui ont des diplômes extraordinaires"

L’homme qui va parler s’exprime très rarement. Il n’est pas candidat à l’élection présidentielle et surtout il ne le sera jamais. Il n’a pas besoin qu’on vote pour lui puisqu’il est le Premier ministre d’un royaume, le royaume des Mossi, la principale ethnie du Burkina Faso. 

Le Mogho Naaba, c'est l'empereur des Mossi. Je suis un ministre. Nous ne faisons que l'assister.

Baloum Naaba Tanga II détient avec les autres chefs coutumiers ou ministres qui l’entourent la puissance des dieux et de la tradition. C’est vers lui et le roi que les Burkinabés se tournent pour résoudre les problèmes du pays. C’est le Mogho Naaba, l’autre pouvoir. 

Vous savez, les sages, c'est pas ceux qui ont la cravate ou qui ont des diplômes extraordinaires. Il y a des jeunes qui sont partis, qui ont été colonisés, ils sont partis faire des études universitaires à Paris. Leur esprit ne fonctionne pas comme nous, qui sommes restés au pays.

Treize candidats à la présidentielle

Direction maintenant le marché central de Ouagadougou. La discussion qui s’engage avec Issa porte évidement sur les élections. Ils sont treize à se présenter et le gagnant sera celui qui ramènera la paix dans le pays. Le discours est parfait pour lancer le débat. Très vite, on en arrive aux choses sérieuses, apparaît alors dans la conversation le fameux Mogho Naaba :

Mogho Naaba est très important au Burkina. Le roi est plus vu que le Président. 

Le Premier ministre du Mogho Naaba est le roi du royaume aussi puissant que le Président élu démocratiquement. Cette vérité ne concerne pas que les anciens, les jeunes en sont également persuadés. Pour eux aussi la parole du Mogho Naaba a plus de valeur que celle des politiques. Arsène Sankara : 

On en a marre des Présidents, ils nous disent des promesses pour être élu, et après, c'est fini ! Le Mogho Naaba est très important parce que c'est un chef coutumier, on le soutient. 

Le Mogho Naaba est une autorité invisible et morale. Le politologue Abdoul Karim Saidou de l’université Thomas Sankara ne dit pas le contraire et rappelle qu’il est le symbole de la paix au Burkina Faso : 

L'influence est considérable, c'est une autorité morale qui a beaucoup d'influence bien avant même la pénétration coloniale. Ce sont ces chefs là qui géraient les territoires. Et depuis l'indépendance, comme les chefs coutumiers de façon générale, le Mogho Naaba a toujours été un acteur clé du jeu politique. Il ne prend pas position ouvertement pour tel ou tel candidat. Donc, il y a légitimité sociale très forte de ces institutions là et les institutions politiques modernes aussi ont une certaine légitimité qui se construit dans le temps, mais qui n'a pas encore atteint le niveau de légitimité dont disposent les autorités traditionnelles.

On peut voir cette puissance des chefs traditionnels tous les vendredis matin à Ouagadougou. C’est là que se déroule la cérémonie du Mogho Naaba visible de tous mais qu’il est interdit de filmer et qui rassemblent les principaux chefs du royaume devant le Palais Royal.

Elections présidentielles en Afrique subsaharienne
Elections présidentielles en Afrique subsaharienne Crédits : Sophie Ramis, Gal Roma, Robin Bjalon - AFP
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