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A Versailles, dans cet hôpital privé à but non lucratif, des patients Covid réapprennent à marcher et à parler.

Covid-19 : le long combat des patients en rééducation

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Stéphane et Bruno ont attrapé le Covid le même jour : le 15 mars dernier. Par le plus grand des hasards, ils sont restés exactement tous les deux 55 jours en réanimation, avant d'être conduits à l'hôpital de la Porte Verte. Depuis, ils suivent une intense rééducation. Récit de deux "résurrections".

A Versailles, dans cet hôpital privé à but non lucratif, des patients Covid réapprennent à marcher et à parler.
A Versailles, dans cet hôpital privé à but non lucratif, des patients Covid réapprennent à marcher et à parler. Crédits : T.S. - Radio France

A l'hôpital de la Porte Verte, à Versailles, Bruno et Stéphane ont pris leurs habitudes. Ils sont en train de plaisanter avec l'équipe soignante qu'ils ont appris à bien connaître au fil des mois. Stéphane est le premier à avoir lancé, sur un ton mi-sérieux, mi-ironique "Voici Lazare 1 et je suis Lazare 2". Bruno éclate de rire et renchérit que c'est un ami qui, la première fois, lui a lancé cette boutade : 

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Les deux amis ont échappé de peu à la mort et en plaisantent encore !

A 58 ans, Stéphane a l'impression de revenir de très loin. Lui qui était pharmacien aux Mureaux, dans les Yvelines, n'a pas remis les pieds dans son officine depuis la mi avril. Son camarade d'hospitalisation, Bruno est un jeune retraité. Depuis quatre ans, il a quitté son emploi de cadre dans une grande entreprise pour se consacrer à une association qui oeuvre pour les réfugiés. Mais pour l'instant, il n'a pas repris cette activité bénévole. Tous deux sont tombés malades le même jour, le 15 mars dernier. Au plus fort de l'épidémie mais à vrai dire, ils ne se souviennent pratiquement pas de leur maladie à proprement parler. Dès leur hospitalisation, ils ont été plongés dans le coma, pour ne refaire surface que 55 jours après. Stéphane ne se souvient pas des trois jours précédant son arrivée à l'hôpital Mignot. Sa fièvre avait grimpé jusqu'à 41 degrés. Bruno, se rappelle surtout son angoisse, quand une semaine après son réveil du coma il réalise : "je peux pas marcher, je ne peux pas ouvrir les mains, je ne peux pas parler, je ne peux pas déglutir. Et là mon moral est tombé au plus profond." 

Bruno doit encore rééduquer son souffle, après être sorti du coma il y a plus de six mois. Stéphanie, la kinésithérapeute, le suit depuis le mois de juin.
Bruno doit encore rééduquer son souffle, après être sorti du coma il y a plus de six mois. Stéphanie, la kinésithérapeute, le suit depuis le mois de juin. Crédits : T.S. - Radio France

Mais avant d'évoquer leur "résurrection", comme plaisantent les deux Lazare, Stéphane tient absolument à montrer une vidéo tournée mi-juillet. Deux mois donc, après sa sortie du coma. A l'époque, il est assis dans un fauteuil roulant et n'a plus qu'un filet de voix : 

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Stéphane montre sur son téléphone une vidéo tournée mi juillet : il est en fauteuil roulant et se lève à peine.

Les deux amis sont arrivés début juin à l'hôpital de la Porte Verte, à Versailles. Dans cet établissement à but non lucratif, toute l'équipe de rééducation fonctionnelle accueille des patients Covid depuis la première vague. En tout plus d'une quinzaine de malades sont passés dans ce service, qui soigne plutôt habituellement des accidentés de la route ou des personnes ayant subi un AVC. Dans cette structure, Stéphane et Bruno ont fait des progrès extraordinaires. Bruno a littéralement réappris à marcher "comme un bébé", quand Stéphane a surtout souffert longtemps de ne pas avoir retrouvé sa voix : 

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Pour Bruno, l'une des choses les plus difficiles a été réapprendre à manger. Mais la marche n'a pas été simple non plus.

Toute la période où nous étions dans le coma, on ne s'est rendu compte de rien. Par contre nos familles ont énormément souffert. (...) A mon épouse, trois fois on lui a dit que je n'allais pas passer la nuit. Moi également - ajoute Bruno - mon épouse a été appelée, assez durement je dirais, par l'hôpital où j'étais. C'est vrai qu'ils étaient surchargés donc les coups de téléphone c'était assez rapide. De la même façon, on lui a expliqué que je n'allais pas forcément passer les deux nuits suivantes. Nous, voilà - conclut Stéphane - on a fait le job, on s'est réveillés et on a appris à revivre, mais toute cette période où nous étions en train de dormir - comme dit mon petit dernier (...) - pour mon épouse et mes enfants, je pense que ça a été épouvantable, comme pour la femme et les enfants de Bruno.

Stéphane et Bruno ne font pas partie de la classe d'âge la plus à risque de développer une forme grave du Covid-19. A 64 ans, Bruno n'était certes pas très sportif, mais il n'était pas en mauvaise santé. Quant à Stéphane, il s'efforçait de marcher régulièrement mais doit avouer qu'il était plutôt sédentaire, derrière le comptoir de son officine. Néanmoins, il tient à rappeler que la maladie frappe aussi les jeunes. Bruno affirme, lui que la maladie lui a "changé le caractère, comme le dit mon épouse" . Et il revient aussi sur sa foi qui s'est trouvée ravivée par cette épreuve : 

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Respectivement âgés de 58 et 64 ans, les deux malades n'étaient pas de grands sportifs mais ils étaient en bonne santé.

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Stéphane a toujours mal à la hanche, mais c'est sa dernière séance de kiné. Il poursuivra ses exercices, seul, à la maison.
Stéphane a toujours mal à la hanche, mais c'est sa dernière séance de kiné. Il poursuivra ses exercices, seul, à la maison. Crédits : T.S. - Radio France

La rééducation à l'hôpital de la Porte Verte est pluridisciplinaire. Trois fois par semaine, Bruno et Stéphane se retrouvent donc, l'après-midi en hôpital de jour pour des séances avec une kinésithérapeute et une orthophoniste. Ainsi que des APA : activités physiques appropriées, pour se remettre à faire du sport. Mais les séances commencent donc en général avec Adeline, l'orthophoniste, qui suit Stéphane depuis début juillet. Ce patient a mis beaucoup de temps à retrouver l'usage de ses cordes vocales. D'ailleurs, l'une des deux souffre d'ankylose et n'a pas repris une vibration normale. Voilà pourquoi, Stéphane va devoir continuer à s'exercer : 

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Adeline a aidé Stéphane à retrouver sa voix. Cela ne fait que 20 jours qu'il arrive à parler presque normalement.

Pour les mouvements, c'est un peu la même chose. Les muscles ont désappris à fonctionner pendant la longue période de réanimation qu'ont subi les deux hommes. Les nerfs aussi sont touchés, ce qui explique que les mouvements aient été aussi longs à récupérer explique Stéphanie, la kinésithérapeute qui suit surtout Bruno mais connaît aussi très bien son camarade :

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Plusieurs kinésithérapeutes exercent à l'hôpital de la Porte Verte. Stéphanie s'est particulièrement occupée de Bruno.
Aude Quesnot est cadre de rééducation et encadre l'équipe soignante.
Aude Quesnot est cadre de rééducation et encadre l'équipe soignante. Crédits : T.S. - Radio France

Aude Quesnot est cadre de rééducation et coordonne l'équipe. Elle revient sur le tableau clinique assez particulier que l'on a découvert chez les malades Covid dont, il y a quelques mois, on ignorait tout : 

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Aude Quesnot coordonne l'équipe de rééducation. Elle même est kinésithérapeute et revient sur cette pathologie si différente des autres.

Stéphane et Bruno avouent avoir un peu de mal à lire, bien que tous les deux aient, avant leur maladie, pris beaucoup de plaisir à cette activité. Ceci montre qu'ils ont aussi quelques séquelles cognitives explique Aude Quesnot : 

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Stéphane et Bruno ont encore beaucoup de mal à lire, raconte Aude Quesnot.

Le docteur Isabelle Monteil-Roch dirige le service de réanimation fonctionnelle. C'est elle qui veille sur chacun des malades du Covid qui ont été admis depuis la première vague. Elle insiste d'abord sur l'atteinte neurologique qui est assez spécifique de cette toute nouvelle maladie : 

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Isabelle Monteil-Roch dirige le service de réanimation fonctionnelle.
Isabelle Monteil-Roch dirige le service de rééducation fonctionnelle de l'hôpital de la Porte Verte.
Isabelle Monteil-Roch dirige le service de rééducation fonctionnelle de l'hôpital de la Porte Verte. Crédits : T.S. - Radio France

On a des patients qui indépendamment de cette affection pneumologique souffraient également de fatigabilité sévère de troubles de mémoire, de troubles de déglutition, liés ou non à la trachéotomie, de lésions périphériques liées à la réanimation avec des déficits des membres supérieurs et inférieurs.

Les patients qui sont restés des mois en réanimation, comme Bruno et Stéphane, font aussi pendant très longtemps de la tachycardie. Le Dr Monteil-Roch précise pourquoi le coeur se met à battre si vite et comment il faut, peu à peu, lui aussi le rééduquer : 

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Beaucoup de patients souffrent d'essoufflement et voient leur rythme cardiaque s'accélérer de façon inquiétante. Tout cela nécessite une rééducation.

Stéphane et Bruno vont bientôt pouvoir rentrer chez eux et se passer de l'hôpital de jour. Mais ils ont encore de vraies séquelles de leur maladie. Stéphane estime avoir besoin d'environ deux mois avant de reprendre son travail. Quant à Bruno, il ne peut toujours pas conduire : 

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Plusieurs mois après leur passage en réanimation, Bruno et Stéphane conservent des séquelles.
Bruno souffre encore de vertiges, mais il assure que sa maladie lui a ouvert de nouveaux horizons.
Bruno souffre encore de vertiges, mais il assure que sa maladie lui a ouvert de nouveaux horizons. Crédits : T.S. - Radio France

A présent les deux hommes peuvent envisager une sortie prochaine. Pour tout dire, Stéphane célèbre même ce 27 novembre son dernier jour à l'hôpital. Il va continuer à faire des exercices à la maison, d'orthophonie notamment car il assure ne pas avoir retrouvé la même voix qu'avant. Bruno verra le médecin le lendemain pour faire le point, mais lui aussi sait que bientôt, il devra voler de ses propres ailes. En attendant les deux amis détaillent leur programme de ces dernières semaines : 

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Trois fois par semaine, les amis se retrouvent en séance de rééducation, mais pour Stéphane, c'est la dernière ce vendredi là.
Stéphane va pouvoir reprendre son travail de pharmacien, aux Mureaux, d'ici environ deux mois.
Stéphane va pouvoir reprendre son travail de pharmacien, aux Mureaux, d'ici environ deux mois. Crédits : T.S. - Radio France

Il a fallu à Stéphane et Bruno de longs mois de rééducation. Ils reviennent de loin puisqu'ils sont passés par plus de 50 jours de rééducation. Mais même pour les personnes qui font des formes plus bénignes de la maladie, il faut envisager un accompagnement si ils éprouvent encore une gêne respiratoire ou une fatigue importante plusieurs semaines après un Covid. Pour le docteur Monteil-Roch, il ne faut pas sous-estimer les séquelles de cette maladie : 

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Pour le docteur Monteil-Roch, il faudrait suivre beaucoup plus de patients en rééducation.
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