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Détail d'un dessin du naturaliste Robert Plot, publié en 1677 dans son Histoire Naturelle de l’Oxfordshire. Un fémur de mégalosaure qui se retrouve surnommé Scrotum humanum.

Un bien curieux fossile

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Écoutez cette histoire, elle vaut le détour. C’est celle d’un os de prédateur du Jurassique, longtemps pris pour les testicules d’un géant.

Détail d'un dessin du naturaliste Robert Plot, publié en 1677 dans son Histoire Naturelle de l’Oxfordshire. Un fémur de mégalosaure qui se retrouve surnommé Scrotum humanum.
Détail d'un dessin du naturaliste Robert Plot, publié en 1677 dans son Histoire Naturelle de l’Oxfordshire. Un fémur de mégalosaure qui se retrouve surnommé Scrotum humanum.

Ce fossile tiré d’une carrière anglaise est étrange. Imaginez un sac, largement ouvert, dans lequel on aurait mis deux énormes noix de coco, et qu’on aurait ensuite rempli de sable. 

Le tout, pétrifié, mesure soixante centimètres de circonférence. Dans son Histoire Naturelle de l’Oxfordshire parue en 1677, le naturaliste Robert Plot est bien embarrassé. Il identifie l’objet comme une base de fémur tronquée. Mais voilà, la taille de cet os pétrifié est supérieure à n’importe quel os homologue de cheval ou de bœuf. Plot envisage la possibilité que ce soit un os d’éléphant amené par les légions romaines. Mais il en doute. Finalement, il se range à la raison et attribue cet os à un humain géant. Après tout, les géants sont bien mentionnés dans la Bible ! 

Mais l’histoire ne s’arrête pas là car cet étrange fossile continue de susciter des interrogations. En 1763, le médecin Richard Brookes, naturaliste à ses heures, en propose une nouvelle interprétation et intitule un dessin Scrotum humanum. Il s’agirait des testicules d’un géant ! La chose est prise très au sérieux par le naturaliste français Jean-Baptiste Robinet qui en fournit une description succulente. 

Il écrit : « Cette pierre, qui représente le Scrotum, c’est-à-dire la bourse contenant les testicules, est d’un blanc sale, et la surface en est fort ridée. Ce n’est pas seulement par sa forme externe qu’elle imite cette partie de l’homme. L’organisation interne paraît y être également analogue. En touchant ce scrotum pierreux, on croit sentir que chaque testicule est contenu dans une bourse particulière musculeuse […]. Une autre singularité de cette pierre, c’est qu’on voit à sa partie supérieure une espèce de canal, rempli d’une substance spongieuse ». La substance en question, ce sont des cristaux formés dans la cavité médullaire de l’os correctement identifié dès le début comme un fémur par Robert Plot.

L'honneur du mégalosaure

L’histoire trouve son épilogue lorsque le géologue John Phillips identifie le fossile comme la partie distale du fémur d’un mégalosaure, un dinosaure qui avait été décrit en 1827 sous le nom de Megalosaurus bucklandi. Il n’en reste pas moins que le premier nom donné à un fossile de dinosaure fut Scrotum humanum

Pour pimenter la chose, il faut rappeler que le point de départ qui codifie la manière dont les noms scientifiques sont attribués aux espèces date de la dixième édition du Systema Naturae de Linné parue en 1758. En 1763, le code de nomenclature s’appliquait depuis cinq ans et Brookes connaissait parfaitement le système linnéen. 

Autrement dit, Scrotum humanum était valide. Cela faisait un peu désordre dans le monde codifié de la taxonomie. La très sérieuse « Commission internationale de nomenclature zoologique » fut saisie à la fin du XXe siècle. Elle statua en s’appuyant sur deux règles : le nom donné par Brookes n’était pas accompagné d’une description, mais seulement d’une figure, et son usage s’était perdu. C’était un nomen oblitum, un nom oublié. 

Le mégalosaure est sauvé, il ne risque plus de se voir traité de scrotum de géant. 

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