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Alexandre Yesrin a légué son nom à une terrible maladie. Sur la photo, son buste au musée des sciences médicales de Hong Kong, où il a identifié la peste.

La peste identifiée

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La science et la médecine progressent aussi grâce à la témérité de quelques personnages dont on ne se souvient pas toujours les noms. Au XIXe siècle, un jeune médecin franco-suisse est ainsi allé se renseigner à ses risques et périls sur une terrible maladie… Et a identifié la peste.

Alexandre Yesrin a légué son nom à une terrible maladie. Sur la photo, son buste au musée des sciences médicales de Hong Kong, où il a identifié la peste.
Alexandre Yesrin a légué son nom à une terrible maladie. Sur la photo, son buste au musée des sciences médicales de Hong Kong, où il a identifié la peste. Crédits : PHILIPPE LOPEZ - AFP

« Au petit matin, des souffles légers parcourent la ville encore déserte. À cette heure, qui est entre les morts de la nuit et les agonies de la journée, il semble que la peste suspende un instant son effort et reprenne son souffle. » 

Le contexte évoqué par ces quelques lignes de Camus est celui d’Oran dans les années 1940. Une époque où, bien que la bactérie responsable, Yersinia pestis, soit connue depuis près de cinquante ans, les antibiotiques pour l’éradiquer n’étaient pas disponibles. En marge de l’allégorie nazie, la dimension biologique du roman est donc plausible. 

Indochine, année 1894. Le jeune médecin franco-suisse Alexandre Yersin est en poste à Saïgon à l’Institut Pasteur. Lorsqu’une épidémie de peste se déclare dans le sud de la Chine et la région de Hong-Kong, il s’y rend. En bon pasteurien, il cherche à identifier le vecteur de la maladie. Mais les Anglais interdisent à Yersin l’accès à leurs hôpitaux. Peu importe, Yersin réussi à prélever des bubons sur des cadavres et à les analyser. 

Écoutons-le : « Au premier coup d'œil, je reconnais une véritable purée de microbes tous semblables. Ce sont de petits bâtonnets trapus… Il y a beaucoup de chances pour que mon microbe soit celui de la peste. » 

Il fallait une bonne dose de courage, voire d’inconscience, pour oser manipuler des bubons qui sont de véritables auberges à Yersinia pestis. Une infection aurait été fatale. En effet, lorsque, de manière plus classique, un humain est piqué par une puce, que se passe-t-il ? Une seule piqûre de puce porteuse de Yersinia injecte 24 000 bacilles, tandis qu’une dizaine suffirait à provoquer l’infection. Après la piqûre, ceux-ci migrent dans le sang jusqu’à atteindre le ganglion lymphatique le plus proche où ils prolifèrent. Au terme de quelques jours, le ganglion va être saturé. Il gonfle jusqu’à former un bubon qui ira jusqu’à éclater. 

Un héros vietnamien 

Mais, à ce stade, les risques de contagion sont encore limités tant que l’on se tient éloigné du pus libéré par les bubons. Le stade bubonique va ensuite évoluer vers une infection généralisée, une septicémie mortelle, qui atteindra les poumons. Dès lors le malade est extrêmement contagieux et il contamine son entourage lors de ses quintes de toux. Une fois que la maladie a atteint quelques personnes, sa transmission entre humains devient très rapide. La machine infernale s’emballe de manière exponentielle. On admet d’ailleurs que le rôle qu’auraient pu jouer les rats lors de la peste du XIVe siècle est sans doute restreint. En effet, le rat en meurt, et les puces qu’il porte quittent leur hôte… pour aller piquer des humains qui se transmettent directement le bacille. 

Désormais, plus besoin des rats transporteurs de puces, ni même des puces. Bien qu’imparfait, on doit aussi à Yersin la préparation du premier sérum anti-pesteux. Tout cela fait que dans l’actuel Vietnam il est un véritable héros. En 2014, Alexandre Yersin a été nommé citoyen d'honneur du Vietnam à titre posthume. La prochaine fois que vous serez tenté de dire « mais quelle peste cet enfant ! », ayez à l’esprit que le terme est sans doute un peu excessif. 

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