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Barak Obama et Joe Biden dans le Michigan, 31 octobre 2020

La « destinée manifeste »

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Le déni opposé aux résultats de l'élection américaine par le président sortant, encore récemment lors de la fête de Thanksgiving, ont donné le spectacle d’une démocratie en difficulté. Dès lors, quel sens accorder aux déclarations répétées de Joe Biden sur le retour d’un leadership en la matière ?

Barak Obama et Joe Biden dans le Michigan, 31 octobre 2020
Barak Obama et Joe Biden dans le Michigan, 31 octobre 2020 Crédits : Getty

Alors que les avocats de Donald Trump voient leurs recours rejetés l'un après l'autre par les juges, son successeur a commencé à constituer sa future administration. Mais - observe Gérard Araud dans Le Point - certains, à la gauche du parti démocrate critiquent « l'impression de « retour vers le futur » que dégage une équipe qui fleure plus un parfum de restauration que d'innovation » et « parlent déjà d'une administration Obama III, avec les mêmes noms et donc la même politique ». Or pour eux, c’est cette politique au centre qui a mené Trump au pouvoir. C’est pourquoi la nouvelle équipe répète sur tous les tons « qu'elle sait que le monde a changé et qu'il faudrait donc proposer aux Américains des politiques nouvelles ». On verra si les prochaines nominations dans les ministères sociaux le confirment. Comme le souligne Pierre Haski dans L’Obs, Bernie Sanders, le candidat malheureux de l’aile gauche à la primaire, a posé la bonne question lorsqu’il invite tout un chacun à s’interroger sur le fait que le président sortant, « qui a fait plus que n’importe qui dans l’histoire américaine moderne pour saper la démocratie » a réussi à obtenir plus de 72 millions de voix. 

Pourquoi des démagogues - demande Pierre Haski - des leaders autoritaires, voire des dictateurs, parviennent à conserver le soutien de leurs peuples sans nécessairement apporter les réponses à leurs problèmes ?

Outre le moment de rupture que nous vivons - dans les équilibres géopolitiques, le climat ou la démographie - l’éditorialiste insiste sur la nécessité de comprendre, qu’au-delà du cas américain, « ce sont les impasses et les échecs de la démocratie qui créent l’espace dans lequel prospèrent les réponses autoritaires, et non pas l’inverse. »

La Terre promise

Quant aux affirmations répétées du retour d’un leadership américain des démocraties, dans sa précédente chronique Pierre Haski mettait en garde contre le retour d’un « messianisme qui a mené dans l’impasse, lorsque les États-Unis et certains de leurs alliés ont voulu façonner le monde à leur idée ». Et il soulignait que l’insistance sur « la démocratie comme fer de lance idéologique » avait un petit parfum de « déjà vu », une réminiscence « de la guerre froide, où personne ne contestait ce titre à Washington, si ce n’est le général de Gaulle en quittant le commandement militaire de l’Otan tout en restant un allié loyal. Mais ce monde est dépassé, transformé. Il est devenu multipolaire, postcolonial, dans une large mesure post-occidental, et ne se résume pas à l’opposition démocratie/non-démocratie. »

Dans son livre au titre éloquent Une terre promise (Fayard), Barak Obama se dit toujours inspiré par la mission d’exemplarité de son pays, même si la démocratie semble y vaciller. 

Le monde observe l’Amérique - la seule grande puissance à être constituée de personnes venues des quatre coins de la planète.

Et il affirme son espoir dans les jeunes générations, « qui tiennent l’égalité de tous les êtres humains pour une évidence et insistent pour que les principes que leurs parents et leurs professeurs leur ont enseignés deviennent réalité ».

Auto-amnistie préventive

Le programme du « Make America great again », ne comporte évidemment aucune référence à cette notion tenace de « destinée manifeste », selon laquelle la nation américaine aurait pour mission divine l'expansion de la civilisation dans le monde. Et pour cause : lui ayant permis d’accéder au pouvoir, la démocratie n’était qu’un marchepied pour les ambitions personnelles de Donald Trump. Ses dernières décisions l’illustrent parfaitement. Après avoir accordé l’amnistie, entre autres, à son ancien conseiller à la sécurité nationale Michael Flynn, accusé d’avoir menti au FBI dans le cadre de l’enquête sur les ingérences russes dans la présidentielle, le président américain a aussi demandé à plusieurs reprises à ses collaborateurs « s’il pouvait accorder des amnisties présidentielles pour lui-même et les membres de sa famille et s’il pouvait les accorder de manière préventive », rapporte CNN relayée par Courrier international. L’ex-président encore en exercice est impliqué dans au moins six affaires, notamment fiscales. Ça ne l’empêche pas de hâter, par le biais de son dévoué ministre de la justice, les exécutions capitales de condamnés dans le « couloir de la mort », contrairement à la tradition selon laquelle les présidents sortants non réélus sursoient aux exécutions ou convertissent les peines des condamnés à mort.

Par Jacques Munier

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