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Des mannequins parisiens se font vacciner en grand nombre contre la variole, le 4 février 1955, à Paris. Plusieurs grandes administrations parisiennes organisent des séances de vaccination collective.

Vacciner, c’est pas si facile

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Le vaccin obligatoire est sujet à polémique. Le rôle prescripteur de l'État, garant de la santé publique, donne lieu à des controverses. Quand la question du consentement entre dans le débat politique... Ça pique !

Des mannequins parisiens se font vacciner en grand nombre contre la variole, le 4 février 1955, à Paris. Plusieurs grandes administrations parisiennes organisent des séances de vaccination collective.
Des mannequins parisiens se font vacciner en grand nombre contre la variole, le 4 février 1955, à Paris. Plusieurs grandes administrations parisiennes organisent des séances de vaccination collective. Crédits : AFP

Avec l’annonce de la mise au point d’un vaccin anti-covid par les laboratoires Pfizer vient l’espoir d’en finir avec l’épidémie qui nous enferme mais aussi le retour des réticences liées à la vaccination. Certains comme Yannick Jadot voudrait le rendre obligatoire.  

Cette contrainte légale a hérissé le poil de nombreux politiques convaincus ou non de l’impossibilité d’imposer cette contrainte. Si la santé apparaît au premier plan des attributions de l’État en ce moment, les politiques de santé publiques ont connu de nombreux déboires avant d’arriver à s’imposer sans obtenir de légitimité durable et absolue. La première loi de santé publique est promulguée en 1902 après dix ans de débats parlementaires et près d’un siècle de controverses et de créativité médicale pour mettre au point un discours de persuasion efficace. La loi de 1902 rendait obligatoire la vaccination et le  « rappel» contre la variole. Deux virus avaient eu raison de la résistance à l’entrée de l’État dans ce domaine éminemment privé et jusqu’ici réservé au bon sens du chef de famille : la variole, toujours, responsable d’autant de morts parmi les soldats français que les combats au cours de la guerre de 1870, mais aussi le choléra qui avait fait près de 15 000 morts en France dans les années 1880, moins que lors de sa dernière apparition en 1832, mais bien plus qu’en Angleterre, la concurrence des nations se retrouve dans les moindres détails.   

Si l’acceptation d’un vaccin constitue le test de légitimité par excellence accordée par une société à son gouvernement,  le XIXe siècle avec ses régimes successifs et ses révolutions avait eu peu de chance d’instaurer une légitimité suffisante à l’établissement de l’autorité politique en matière de santé publique. Accepter une prescription c’est avoir confiance. Lors de l’épidémie de choléra en 1832, les rumeurs avaient circulé avec succès sur une maladie qui cachait une volonté d’empoisonnement du peuple par les notables. Après la loi de 1902 et la stabilisation du régime républicain, le pli semblait pourtant avoir été pris : les Français ont approuvé la vaccination obligatoire contre la diphtérie en 1938, contre le tétanos et la typhoïde en 1940, contre la tuberculose, avec le BCG, en 1950, et encore contre la polio en 1964. 

En 1796 lorsque Edward Jenner invente l'inoculation de la vaccine, qui permet de préserver de la variole, c’est l’enthousiasme qui semble dominé, mais pas pour très longtemps.  Les résistances individuelles apparaissent jusqu’à de véritables révoltes face aux mesures contraignantes mises en place par les autorités. La confiance n’a jamais été une évidence face à la proposition de vacciner.   

Michel Foucault a consacré une partie de ces recherches à l’histoire de la vaccination en établissant sa théorie du « biopouvoir » inimaginable sans l’instauration de la « gouvernementalité des corps ». Une théorie prolongée par l’historien de l’environnement Fabien Fressoz par la notion de « désinhibition moderne » et de son rôle dans l’élaboration du consentement face à la nouveauté technologique et notamment face à la vaccination. Pour faire accepter la vaccination il a fallu travailler à évincer les arguments moraux, religieux, sociaux, à l’occasion de nombreux débats pour rendre désirable la promesse de la fin du risque au prix d’une opacité entretenue sur les effets secondaires de la vaccination, avec un effet de boomerang aujourd’hui présent au premier plan : la méfiance face à la promesse d’un progrès lui-même sans risques.  

Les zones d’incertitude de la science des vaccins sont aujourd’hui largement discutées et ont profondément changé la perception des sociétés face à ces solutions efficaces mais certainement pas indiscutables et fournies par des entreprises privées soumises à une concurrence féroce.  

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