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les grandes compétitions sportives affichent des ambitions environnementales mais les appliquent-elles vraiment ?

La glorieuse incertitude écologique du sport

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La pandémie fragilise l'économie des compétitions sportives. L'occasion de repenser leur impact sur l'environnement ?

les grandes compétitions sportives affichent des ambitions environnementales mais les appliquent-elles vraiment ?
les grandes compétitions sportives affichent des ambitions environnementales mais les appliquent-elles vraiment ? Crédits : Yuttadanai Mongkonpun / EyeEm - Getty

Comme il l’avait fait au mois de mai avec des acteurs du monde de la culture, Emmanuel Macron a tenté hier de rassurer le monde du sport, confronté à de sérieuses difficultés économiques du fait de la pandémie. Si de nombreuses compétitions ont pu avoir lieu depuis le printemps malgré le confinement et le reconfinement, elles se déroulent le plus souvent à huis-clos. Pas de spectateurs, pas de billetterie, et une filière qui se dit à l’agonie (sachant que par ailleurs, les clubs sont confrontés à une chute de leurs adhésions).

Il est tout à fait légitime de soulever la question des ‘’effets de la crise sanitaire sur le sport’’. Mais il en est une autre qui ne l’est pas moins, et qui est rarement posée : celle de l’impact des grandes compétitions sportives sur le climat et l’environnement.

J’avais consacré l’an dernier une chronique à l’Euro de foot 2020, qui devait se jouer en juin dernier, avant que le Covid19 oblige à la reporter. Compétition aberrante en terme d’émissions de CO2 puisque prévue pour être organisée dans une douzaine de pays différents, obligeant les équipes à faire la navette aux quatre coins du continent…en avion. Situation absurde mais qui n’a rien d’exceptionnel, tant le transport aérien pèse dans le bilan carbone des grands événements sportifs : il représente en moyenne 80% de leurs émissions de carbone, selon une note, comme toujours très instructive, publiée hier par le think tank la Fabrique écologique.

Première surprise : contrairement aux idées reçues, les grandes institutions du sport se préoccupent de ces questions, du moins sur le papier. En 1995, le CIO décrète que l’environnement est le 3e pilier de l’olympisme. En 2013, la FIFA se dote d’un programme environnemental : ‘’Football for the planet’’. Dans un cas comme dans l’autre, il s’agit de réduire l’empreinte environnementale des JO et du Mondial de foot.

Sauf qu’il ne suffit pas d’être muni des meilleures intentions pour accéder à la vertu. Passons sur les jeux de Sotchi en Russie ou sur la coupe du monde de foot en Afrique du sud, au bilan écologique catastrophique. Passons encore sur celle de 2022 au Qatar, qui va nécessiter de climatiser les stades, au prix d’une débauche d’énergie, qui pourrait certes être fournie par l’énergie solaire, mais selon une étude, il faudrait 1000 km2 de panneaux pour le faire, soit 1/10 de la surface du pays !

Mais prenons par exemple les Jeux olympiques d’hiver, en 2010, à Vancouver. La grande ville de l’ouest canadien avait tout prévu, jusqu’à faire réaliser le toit  des épreuves de patinage de vitesse en bois, et pas n’importe lequel : du bois de pin recyclé car contaminé par un insecte, et donc invendable. Mieux : les eaux de pluie étaient récupérées pour les toilettes. Par contre, ce que les organisateurs n’avaient pas suffisamment anticipé, c’est le manque de neige. Il fallut la transporter par camion et par hélicoptère depuis le massif des Rocheuses, et user ‘’sans discontinuer de canons à neige, très consommateurs en eau’’ : tout ça pour ça !

Il serait facile de céder au cynisme et d’en conclure que le sport de compétition est incompatible avec les préoccupations écologiques. Comme le rappelle Lucas Faivre, l’auteur de la note de la Fabrique écologique, ‘’les organisateurs des 20 plus grands événements sportifs de France ont signé, en janvier 2017, une charte’’ d’une 15aine d’engagements, comme par ex la réduction de 25% des déchets, leur recyclage, des déplacements effectués au maximum en transports collectifs ou en covoiturage, ou encore le fait de recourir à ‘’50% minimum d’alimentation responsable’’. Disons que les intentions sont là, et que malgré tout, les actes suivent, lentement mais surement.

Par curiosité, je suis quand même allé sur le site de l’UEFA pour voir si le report de l’Euro avait été mis à profit pour repenser la compétition. Cela tombe bien, l’institution du foot européen vient tout juste de publier le calendrier des matchs, qui se dérouleront du 11 juin au 11 juillet 2021. Où ça ? A Rome, Dublin, Bakou, Munich, Bilbao, Saint Petersbourg, Londres, etc… 12 villes, 12 pays différents, et des dizaines de milliers de kilomètres. On ne change pas une équipe qui gagne, on change difficilement une équipe qui perd.

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