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que pensent les dindes de Noël et de Thanksgiving ?

La dinde et le Président

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À retrouver dans l'émission

Aujourd'hui, c'est Thanksgiving. Aux Etats-Unis, une dinde a été graciée. A quoi pense-t-elle ?

que pensent les dindes de Noël et de Thanksgiving ?
que pensent les dindes de Noël et de Thanksgiving ? Crédits : Faba-Photograhpy - Getty

Un de mes amis, qui n’écoute visiblement pas cette chronique, m’a envoyé en début de semaine une photo humoristique sur ma messagerie. On y voit une oie, de face, au-dessus d’elle un texte qui dit ceci : ‘’vers une levée du confinement à Noël’’, et ces mots qui sortent de la bouche de l’animal : ‘’et merde !!!’’.

Je ne sais pas si ça vous fait rire, mais moi, cela m’a fait réfléchir : et si nous n’avions pas été les seuls mardi soir à attendre les annonces d’Emmanuel Macron ? Et si les animaux de la basse-cour, et notamment les volailles, étaient elles aussi suspendues à ses lèvres, pour savoir à quelle sauce elles seraient –ou ne seraient pas- mangées ?

Vous allez penser que le confinement me monte à la tête, que j’ai sombré dans l’anthropomorphisme, mais prenons néanmoins cette question au sérieux. Que peut-il bien se passer dans la tête de ces êtres qui ont vocation à égayer nos repas de fête ? Que pensent les dindes de Noël ?

Si cette question vous dit quelque chose, c’est parce que c’est le titre d’un livre dont je vous ai déjà parlé l’an dernier (Tana éditions). L’éthologue Fabienne Delfour y défend l’éthologie constructiviste, qui consiste à envisager l’animal ‘’à la première personne, soit un sujet menant sa vie et éprouvant des états mentaux et des émotions, un être sensible…qui élabore une conscience subjective du monde qui l’entoure’’.

Vous trouvez ça absurde ? Pourtant, c’est bien ce que vous faites avec vos animaux de compagnie, en les considérant comme des individus à part entière. C’est justement le fait de les individualiser qui conduit à les regarder autrement, et à les doter d’une personnalité propre.

Dans Le mépris des ‘bêtes’ (PUF), la biologiste Marie-Claude Marsolier évoque une anecdote éloquente à ce sujet, telle qu’elle fut racontée dans la presse. Il était une fois Léon, un petit cochon australien, lourdement handicapé à l’âge de trois semaines après que sa mère se fut couchée sur lui : fémur et jarret brisés. Une âme charitable le prit en pitié, on lui fabriqua ‘une chaise roulante adaptée à sa taille’ et Léon fut sauvé, lui dont ‘le destin était de finir dans nos assiettes’.

’Cet exemple’’ écrit Marie-Claude Marsolier ‘’fait valoir la puissance de l’individualisation dans ce qui suscite les émotions : un seul individu bien identifié, car porteur d’un nom propre et bénéficiant de soins personnalisés, est l’objet de plus d’attention et d’empathie que la masse anonyme de millions d’autres de la même espèce’’.

Je viens tout juste de terminer la lecture du roman de Jean Hegland, Dans la forêt (Gallmeister), qui raconte la survie de deux sœurs, calfeutrées dans leur maison au milieu des bois en Californie, tandis qu’autour d’elles, la civilisation s’effondre. Il n’y a plus grand-chose à manger, restent trois poules qui ne pondent plus d’œufs, mais elles n’y touchent pas. Car les poules ont un nom : Lilith, Pinkie et Batsheba.

On peut voir dans cette approche une forme de sensiblerie. Mais on peut aussi renverser l’analyse et se demander pourquoi la façon dont les animaux comprennent leur environnement n’est pas davantage posée lorsqu’il s’agit des animaux d’élevage. Que pensent les dindes de Noël ? Les disparations de leurs congénères sont-elles anxiogènes ? Eprouvent-elles un sentiment de deuil comme cela a pu être décelé chez d’autres espèces ? 

C’est difficile à savoir nous dit Fabienne Delfour, dans la mesure où ‘’les dindes sont très rarement des animaux de compagnie, et plus souvent dans nos assiettes que dans des études scientifiques visant à analyser leurs capacités cognitives’’, comme si elles ‘’n’étaient pas dignes de considération ni de compassion’’. 

Au demeurant, ce n’est pas tout à fait vrai, au moins pour l’une d’entre elles. Vous savez qu’aujourd’hui, aux Etats-Unis, c’est la fête de Thanksgiving. La tradition veut que le président américain choisisse d’en sauver une. Cette année, elle s’appelle Maïs. Elle a officiellement été graciée avant-hier, sur le perron de la Maison Blanche. Et je n’ai pas pu m’empêcher de me poser la question : ‘’à quoi peut bien penser une dinde lorsque sa vie dépend du bon vouloir de Donald Trump ?’’

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