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Photo prise à Hong Kong.

Radiographie du coronavirus : peut-on empêcher une troisième vague ?

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La pandémie pourrait-elle s'installer dans la durée plus encore avec une troisième vague ? Tandis que la France lutte toujours contre la deuxième vague de covid 19, médecins et scientifiques parlent déjà de la possibilité d'une troisième vague.

Photo prise à Hong Kong.
Photo prise à Hong Kong. Crédits : d3sign - Getty

Au micro de Guillaume Erner, chaque vendredi à 7h12, Nicolas Martin, producteur de l'émission "La méthode scientifique", du lundi au vendredi à 16h sur France Culture, vient éclairer certains aspects de l'épidémie de coronavirus.

Ce matin, retour sur la possibilité d'une troisième vague, alors que la France tente toujours de faire face à la deuxième. Où en sont d'autres pays quant à l'émergence d'une troisième vague de covid 19 ? Faut-il préparer les esprits à ce scénario ? Peut-on l'éviter ? 

Nicolas Martin : "Les mêmes causes produisant les mêmes effets. On s'engage dans le déconfinement de manière plus lente et plus progressive que la première fois. Mais puisque d'autres vacances (celles de Noël) arrivent, pourquoi est ce que ça se passerait différemment qu'à la rentrée ? Pour comprendre ce qui risque ou non de nous arriver au mois de mars (2021), il faut comprendre ce que sont les modèles d'évolution et ce qui s'est passé pendant cette deuxième vague, notamment par rapport à la première. Il y a plusieurs choses qui sont moins évidentes qu'il n'y paraît." 

Confinement/Reconfinement : quels enseignements tirer ?

Nicolas Martin : "La décrue épidémique : entre la contamination réelle (le moment où on est infecté), le moment où on déclare les symptômes, les hospitalisations, puis la réanimation et in fine, la guérison ou le décès, il y a des décalages successifs qui s'appliquent entre l'instant T de la contamination et le moment où on va être testé positif (c’est-à-dire avoir déclaré les symptômes), il se passe en moyenne une semaine, plus une semaine de plus pour les hospitalisations…"

La décroissance épidémique de cette deuxième vague est survenue extrêmement tôt. Nicolas Martin

Ce décalage là est important parce que ça montre qu'il est difficile d'avoir une idée en temps réel du nombre de contaminations. Il y a toujours un décalage au moment du test, notamment. Néanmoins, il y a un examen qui peut nous renseigner sur ces contaminations en temps réel. Ce que l'on observe lorsqu'on prend en compte cet indicateur, c’est que la décroissance épidémique de cette deuxième vague est survenue extrêmement tôt. En Ile-de-France, dès le 22 octobre (2020), c'est-à-dire 5 jours après la mise en place du couvre feu. Le nombre de contaminations n'a pas baissé, mais l'augmentation des contaminations a commencé à réduire. On le sait en analysant les eaux usées, en analysant le nombre de virus, la charge virale qu'il y a dans les eaux usées. Donc, on se rend compte que le nombre de contaminations a commencé à réduire très, très tôt après le couvre feu. On pourrait donc se dire : ça veut dire que le couvre feu est efficace. Malheureusement, c'est plus compliqué que ça parce que ça coïncide également avec les départs en vacances. Alors, couvre feu ou départs en vacances ? C’est difficile de le dire, mais c'est important de savoir que cette diminution des contaminations a débuté très vite pour ce qui est de la dynamique épidémique."

"Mircea Sofonea, maître de conférences en épidémiologie et évolution des maladies infectieuses à l'Université de Montpellier, a pu expliquer que le niveau exact d'impact d'une seule mesure est impossible à prévoir. Il y a déjà la superposition de mesures, le couvre feu, le départ en vacances, mais aussi la fermeture des lieux de socialisation, des bars, des restaurants. Bref, il y a trop de paramètres. Il y a un autre paramètre essentiel qui est celui de l'adhésion ou non de la population à ces mesures."

Le confinement a permis d'accélérer très nettement la réduction des contaminations. Nicolas Martin.

Nicolas Martin poursuit : "Mais ce qui est sûr et ce que l'on peut dire de manière certaine aujourd'hui, c'est que s'il n'y avait pas eu de confinement, peut-être que le ralentissement de l'épidémie aurait été provoqué par le couvre feu, mais il aurait été moins rapide. Le confinement a permis d'accélérer très nettement la réduction des contaminations."

"Reste donc à savoir si avec un confinement allégé - voire avec des mesures de restrictions minimales telles qu'elles doivent être appliquées à partir du 15 décembre (2020) - est ce qu'on peut échapper à une troisième vague ? Pour cela, il faut savoir quand on va finir la deuxième vague. On sait qu'il y a une décroissance. On sait que aujourd'hui, le nombre de cas réduit, qu'on a dépassé le pic. Mais à quel moment va-t-on atteindre des niveaux semblables à ceux du début de l'été ?" 

"Selon Mircea Sofonea, sans aucune modification des paramètres, sans le relâchement des mesures de contraintes, les prévisions indiquent qu'il faut attendre janvier 2021 pour revenir à une occupation des lits similaire à celle d'octobre (2020).

"De fait, le président a promis que le confinement s'arrêterait le 15 décembre (2020), si les indicateurs sanitaires passaient au vert (sous les 5 000 cas). De mai à juillet (2020), je rappelle qu'on était sous les 1 000 cas par jour. Donc, la question, c'est : est ce que la réouverture des commerces, la liberté de circulation un peu plus grande va freiner cette décroissance ?"

Nicolas Martin rappelle que "selon les modèles (qui peuvent se projeter à courte échéance si on veut garder un taux de confiance élevé) le taux de contamination devrait s'établir autour de 10.000 cas par jour au 1er décembre 2020. Donc, on peut raisonnablement croire que le 15 décembre, la situation ne se sera pas encore brutalement dégradée et que la circulation va être a priori à nouveau autorisée."

Risque ou pas de troisième vague ?  

Nicolas Martin : "A priori, on ne pourra pas le dire avant le 20 janvier (2021) en raison de ces décalages dont je vous parlais. C’est autour du 20 janvier qu'on verra les conséquences réelles des vacances et des fêtes de fin d'année. Et c'est là qu'il ne faut pas faire l'erreur que nous avons commise, que le gouvernement a commis, que nous avons tous commise collectivement, à la rentrée : si, au 20 janvier 2021, on constate une reprise comme celle que l'on a vue à la mi octobre (2020), alors, on aura de façon certaine une troisième vague inévitable fin mars (2021)."

C’est autour du 20 janvier (2021) qu'on verra les conséquences réelles des vacances et des fêtes de fin d'année. Nicolas Martin.

"Pour ne pas en arriver là, il y a donc deux leviers : le levier politique en fonction des indicateurs, (être capable de dire, au 15 décembre, si la diminution des cas a été ralentie, si on continue à être infectés, si on recommence à être infecté un peu plus, même si la courbe est toujours descendante), alors il ne faut pas lever plus ou trop le confinement."

Si les fêtes sont synonymes de relâchement similaire à celui de l'été dernier (2020), les chiffres parleront très vite. Nicolas Martin.

"Et puis, le deuxième levier c’est l'adhésion de la population. Si les fêtes sont synonymes de relâchement similaire à celui de l'été dernier, les chiffres parleront très vite, on le verra immédiatement et donc ce sera aux politiques de les prendre en compte immédiatement et de ne pas se laisser avoir par ce fameux effet retard, qui a donné lieu à la deuxième vague."

Nicolas Martin revient sur le vaccin : "Même en étant extrêmement optimiste (le président compte sur une première campagne de vaccination fin décembre 2020, début janvier 2021), il ne faut pas trop se fier sur ce vaccin pour empêcher une troisième vague : D'une part, parce qu’une campagne de vaccination fin décembre début janvier, c'est déjà très optimiste ; d’autre part, il faut se souvenir que le vaccin a deux injections à 21 jours d'écart et que les premières personnes qui seront vaccinées, ce seront les personnes les plus fragiles. Et en tout cas, ça ne pourra pas avoir un effet immédiat sur une éventuelle troisième vague à court terme."

Avec la collaboration d'Alexandra Delbot.

Vous pouvez écouter l'interview en intégralité en cliquant sur le player en haut à gauche de cette page.

Intervenants
  • Producteur de l'émission "La Méthode scientifique" et des "Idées claires" sur France Culture
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