LE DIRECT
Le Temple de Poséidon au Cap Sounion (Grèce), édifié en 444 av. J.C

Les ruines, piliers du souvenir

32 min
À retrouver dans l'émission

Qu'est-ce qui rend la ruine universelle ? Penser les ruines, c'est aussi penser les hommes et les civilisations, le présent, le passé et l'avenir. Rendez-vous avec Alain Schnapp, historien et archéologue et auteur d'une "Histoire universelle des ruines" (Seuil, 2020).

Le Temple de Poséidon au Cap Sounion (Grèce), édifié en 444 av. J.C
Le Temple de Poséidon au Cap Sounion (Grèce), édifié en 444 av. J.C Crédits : Ed Freeman - Getty

Alain Schnapp est historien et archéologue, professeur émérite à l’Université de Paris I. Il a dirigé l’Institut national d’histoire de l’art (Inha) depuis sa création jusqu’en 2005 et a notamment codirigé, avec Jean-Paul Demoule et Dominique Garcia, Une histoire des civilisations. Comment l’archéologie bouleverse nos connaissances (La Découverte/Inrap, 2018)

Il publie aujourd'hui Une histoire universelle des ruines. Des origines aux Lumières (Seuil, coll. “La Librairie du XXIe siècle”, 22/10/2020), une somme érudite mais non moins accessible, photos, images et légendes à l'appui.

Je me suis toujours posé la question de savoir pourquoi cette attraction envers le passé, vers les objets et les monuments qui subsistent et qui nous interrogent. (Alain Schnapp)

Est-ce que cette curiosité était présente dans le monde ancien, dans les civilisations préhistoriques, dans les civilisations précolombiennes, dans le monde arabo-musulman et même dans le Moyen Âge occidental ?    
(Alain Schnapp)

Il s'agit tout d'abord de revenir sur la notion de ruines et sur nos définitions habituelles : “L’homme sans le monument, c’est la barbarie, le monument sans l’homme c’est la décadence” ; reprenant cette formule de Régis Debray, qui, selon Alain Schnapp, pousse à l’extrême l’idée occidentale de la monumentalité, il montre que la ruine est par définition instable, oscillant entre matérialité et immatérialité, mémoire et oubli, nature et culture. Elle a une fonction universelle, elle ne se limite pas aux architectures de pierre, mais peut prendre une forme diffuse, entre oralité et matérialité. Pour exemple, en Chine, ce sont notamment les inscriptions et les vases rituels qui, plus que les monuments, créent une stabilité avec le passé.

La ruine n'existe que par le regard qu'on prote sur elle, et ce regard lui-même est déterminé par notre position dans le temps et l'espace.    
(Alain Schnapp)

Des traditions égyptienne et mésopotamienne, sans doute les premières à tenter de maîtriser les ruines, au monde grec et romain, qui privilégie le souvenir des grands hommes, l'auteur pose ainsi nombre de questions et de thèmes autour de la notion de ruines.

La beauté des ruines vient de l'attraction qu'elles exercent sur chacun d'entre nous en fonction de nos expériences et de nos ruminations du passé.    
(Alain Schnapp)

Extraits sonores:

  • Extrait de Notre Dame de Paris de Victor Hugo, Livre 5, Chapitre 2 «Ceci Tuera Cela», lu par Mathurin Voltz
  • Nuit et Brouillard d'Alain Resnais. Réalisé en 1954
  • Diane Scott au micro de Philippe Garbit le 9 fev 2020 dans Les nuits de France Culture
Intervenants
  • Archéologue et historien, professeur émérite à l’université de Paris I, fondateur puis directeur de l’Institut national d’histoire de l’art (INHA).
À venir dans ... secondes ...par......