LE DIRECT
Jean-Luc Lagarce (1957-1995).
Épisode 2 :

Devant la parole de Lagarce

58 min
À retrouver dans l'émission

Habiter le monde en dramaturge : la formule, qui rappelle le poète allemand Hölderlin aurait pu s'appliquer à Jean-Luc Lagarce, dont le théâtre fut si profondément caractérisé par son souci d'intégrité littéraire et éthique : souci du mot juste, de la situation vraie, du sentiment authentique.

Jean-Luc Lagarce (1957-1995) en 1977.
Jean-Luc Lagarce (1957-1995) en 1977. Crédits : Photo originale : Dennis Bonnot

Nous recevons pour cette émission Lydie Parisse, écrivaine, metteuse en scène, maîtresse de conférences à l’Université de Toulouse, autrice de plusieurs essais sur le théâtre comme Les voix négatives dans le théâtre moderne et contemporain (2019, Minard) et en particulier Lagarce, Un théâtre entre présence et absence, publié aux Classiques Garnier en 2014.

Lydie Parisse analyse pour nous les grandes caractéristiques du théâtre de Lagarce, à commencer par son langage si caractéristique, cette parole, comme elle le dit elle-même, « trouée ». 

C’est vrai que le théâtre de Lagarce relève de ce qu’on pourrait appeler le théâtre de la parole. C’est-à -dire que ce n’est pas un théâtre qui repose sur le conflit : le conflit a sans doute eu lieu avant dans les pièces. L’enjeu véritable, il est dans ce qu’on pourrait appeler un drame du langage, dans la parole elle-même. (Lydie Parisse)

C’est uniquement un théâtre qui est fondé sur la parole, parce que l’enjeu de ce théâtre c’est la parole elle-même : qu’est-ce que c’est que la parole, qu’est-ce que c’est que la parole théâtrale, qu’est-ce que c’est aussi que la parole à l’intérieur du langage ? (Lydie Parisse)

Mus par le langage, cette syntaxe de leurs émotions, les personnages de Lagarce dialoguent sans rien dire, échouent à se comprendre et parlent, souvent sans savoir pourquoi. Pulsionnel, corporel le langage se déploie ainsi chez Lagarce entre questionnement vide, mécanique absurde, mais aussi jeu et même, quelquefois, poésie.

Entre ces moments, transitoires et rares, d'expansion lyrique et la crise de parole ouverte par l'irruption de l'indicible, le théâtre de Lagarce se donne à voir et à entendre comme aventure du langage, aventure de l'écriture.

Écrire pour les oreilles, c’est vraiment ça qu’il pratiquait, c’est-à-dire que c’est chercher, à travers l’écriture, l’oralité du langage. (Lydie Parisse)

Travailler la langue, écrire c’est déjà se poser la question de l’outil qu’on utilise. Il n’y a pas chez Lagarce cette illusion, si vous voulez, d’un langage qui pourrait être transparent. (Lydie Parisse)

Une aventure qui est exploration des fourberies de la parole, de ces hypocrisies qui parasitent nos conversations et empoisonnent nos relations. Lydie Parisse détaille pour nous toute la complexité de cette écriture. Elle met au jour les raisons qui fondent le caractère d'évidence du théâtre de Lagarce et font que la  parole qui s'y donne cours, incessamment remise en question, battue en brèche, démystifiée de pièce en pièce, aujourd'hui parle à tous.

MUSIQUE GÉNÉRIQUE (début) : Panama, de The Avener (Capitol)

MUSIQUE GÉNÉRIQUE (fin) : Nuit noire, de Chloé (Lumière noire)

Bibliographie

Théâtre complet IJean-Luc LagarceLes Solitaires intempestifs, 2011

Intervenants
  • Écrivaine, metteuse en scène, maîtresse de conférence à l'université de Toulouse
À venir dans ... secondes ...par......