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Jean-Luc Lagarce (1957-1995).
Épisode 1 :

Jean-Luc Lagarce, une vie de théâtre

58 min
À retrouver dans l'émission

Jean-Luc Lagarce vivait par et pour le théâtre. Explorer la biographie du dramaturge permet de comprendre son théâtre où la vie se mêle si intimement à la mort, l'imaginaire au vécu concret, le rire aux larmes.

Jean-Luc Lagarce (1957-1995) en 1977.
Jean-Luc Lagarce (1957-1995) en 1977. Crédits : Dennis Bonnot

Pour nous guider dans le parcours biographique que constitue cette première émission portant sur Jean-Luc Lagarce, nous sommes en compagnie de Jean-Pierre Thibaudat, journaliste et écrivain, auteur de Le roman de Jean-Luc Lagarce, (Les Solitaires Intempestifs, 2007).

A l'en croire, il n'y a pas d'intrigue dans les pièces de Jean-Luc Lagarce, seulement la vie et la mort ; une mort qui rayonne en expériences affectives intenses, comme la perte, le manque, le deuil ou le désespoir ; une vie qui, bien entendu, était largement inspirée par celle de Lagarce lui-même. Le pathétique sensible, sans caricature de ses pièces s'enracine ainsi dans cette dimension autobiographique, plus visible encore dans son Journal, l'autre grand oeuvre moins connu de l'écrivain.

Il importait donc de redécouvrir la vie de Jean-Luc Lagarce pour illuminer le sens de son oeuvre. Jean-Pierre Thibaudat nous sert ici de guide en reprenant la biographie depuis la naissance de l'écrivain, dans une famille modeste, le 14 février 1957 à Héricourt (Haute-Saône).

C’est quand même quelqu’un qui vient du fin fond de la province, dans une famille ouvrière où il n’y avait pas beaucoup de livres, où même très peu de livres, mais où il y avait quand même un arrière-fond de culture puisque les parents de Jean-Luc Lagarce se sont rencontrés dans une sorte de club de théâtre amateur alors qu’ils étaient ouvriers aux usines Peugeot. Donc il y a déjà une sorte, déjà, de début romanesque à cause de ça. (Jean-Pierre Thibaudat)

Jean-Luc a un frère et une soeur, dont la naissance conduit la famille à déménager. L'enfance s'écrit désormais à Valentigney (Doubs), marqué par les cours de catéchisme, les premiers émois amoureux pour d'autres garçons et la découverte du théâtre à la télévision. Le baccalauréat en poche, Jean-Luc Lagarce s'inscrit en philosophie à la faculté de Besançon, où il continue de pratiquer le théâtre, sa vraie passion. Avec quelques amis, il fonde La Roulotte, une compagnie itinérante et commence à écrire en secret, lui qui, pour gagner sa vie, doit surveiller comme « pion » dans un internat.

On voit l’amour profond qu’il a des tournées théâtrales. C’est quelqu’un qui passait sa vie dans le théâtre. Les techniciens, les machinistes du théâtre de Besançon me racontaient qu’il adorait venir au déchargement du camion, au retour d’une tournée pour voir les choses se décharger. Il adorait les ateliers techniques, il adorait les restaurants, les boîtes de province après la représentation dans des endroits absolument insensés. Il a beaucoup tourné dans sa vie. D’ailleurs il a écrit plusieurs spectacles justement pour des tournées, des petites tournées avec le noyau dur de sa compagnie La Roulotte… (Jean-Pierre Thibaudat)

Une série de rencontres accompagne son entrée dans le théâtre professionnel : Jacques Fornier à Besançon, Lucien Attoun, le directeur du Théâtre Ouvert, Sandra Mladenovitch... 

Sandra Mladenovitch, qui est une femme extraordinaire [...] et entre elle et Jean-Luc c’est une histoire d’amour fantastique, qui était assortie de lettres qu’elle lui écrit et que Jean-Luc lui écrit, qui sont magnifiques. C’est une grande histoire d’amour, qui va s’arrêter, mais qui va faire place à une longue amitié qui ne s’arrêtera jamais, et la première fois où Jean-Luc vient à Paris, est joué à Paris, dans le Petit Odéon, la personne qui l’accompagne à cette séance, c’est Sandra. (Jean-Pierre Thibaudat)

La reconnaissance arrive enfin – précocément croirait-on si l'on oubliait l'intense labeur d'écriture très tôt entrepris – et éclaire une fin de vie assombrie par le sida, maladie taboue qui crée les écrivains maudits de la deuxième moitié du XXème siècle. Jean-Luc Lagarce serait mort « de cause naturelle » à en croire le certificat de décès délivré par l'hôpital Cochin, le 30 septembre 1995. Il est aujourd'hui enterré au cimetière du Père Lachaise, sous une pierre, selon son voeu, ne portant pas de nom.

En cette journée que France culture dédie aux univers du livre, La Compagnie des oeuvres tient à témoigner son soutien à la revue Pages des libraires. La revue lance en effet, en cette période de confinement, une offre d'abonnement destinée à inviter les livres lus et conseillés par les libraires dans notre quotidien : https://www.pagedeslibraires.fr/page-et-sa-revue/abonnement-particulier/9/info-client

MUSIQUE GÉNÉRIQUE (début) : Panama, de The Avener (Capitol)

MUSIQUE GÉNÉRIQUE (fin) : Nuit noire, de Chloé (Lumière noire)

Bibliographie

Le roman de Jean-Luc Lagarce

Le roman de Jean-Luc LagarceJean-Pierre ThibaudatLes Solitaires Intempestifs, 2007

Lagarce, une vie de théâtre

Lagarce, une vie de théâtreJean-Pierre ThibaudatLes Solitaires intempestifs, 2020

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