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Johann Wolfgang von Goethe (1749 - 1832), vers 1790. Gravure par F. Weber.
Épisode 1 :

La vie de Goethe

58 min
À retrouver dans l'émission

Johann Wolfgang von Goethe fut la figure de proue du « Sturm und Drang », un mouvement littéraire allemand traduisible par « Tempête et Passion », deux termes qui rendent on ne peut mieux compte de la vie mouvementée et du tempérament passionné de l'auteur des Souffrances du jeune Werther.

Portrait de Johann Wolfgang von Goethe. Gravure tirée de "Portrait Gallery of Eminent Men and Women of Europe and America" par Evert A. Duyckinck
Portrait de Johann Wolfgang von Goethe. Gravure tirée de "Portrait Gallery of Eminent Men and Women of Europe and America" par Evert A. Duyckinck Crédits : Glasshouse Vintage/Universal History Archive - Getty

Pour cette première émission consacrée au poète allemand Goethe, nous recevons Sylvie Le Moël, professeure d’études germaniques à la Sorbonne, spécialiste des XVIIIème et XIXème siècles allemands.

En compagnie de Sylvie Le Moël nous explorons la vie de Goethe, que celui-ci comparait à « une course de traîneau – splendide et sonore » mais qui tient également du marathon ou de l'odyssée – deux épreuves d'endurance que cet hellénophile passionné n'aurait pas reniées – en raison de sa longévité : quand Goethe s'éteint en 1832, il a 82 ans et derrière lui une vie remplie, engagée et littérairement prolifique.

On dit de lui que son enfance ne fut pas heureuse, n'était la présence de sa soeur Cornélia, d'un an sa cadette et à laquelle il voua une affection sans limites.

Cornélia ce sera l’amie, la confidente, celle à laquelle il va confier ses tourments, ses secrets […]. Il y a quelque chose de très très fort, il y a une complémentarité, une communauté d’intérêts, une relation très forte, c’est certain. Elle meurt assez jeune, elle meurt en 1777, elle a 27 ans, ou 28 ans elle meurt en couche, ce qui était, là aussi, fréquent à l’époque et pour Goethe c’est une perte vraiment importante. (Sylvie le Moël)

Influencé probablement par son père qui collectionnait des tableaux et possédait une grande bibliothèque, le petit Goethe aiguise son sens esthétique et se passionne pour l'Italie du Tasse.

Le père de Goethe avait fait un voyage en Italie, connaissait très bien l’Italien, avait même rédigé son récit de voyage en Italie, en italien, avait chez lui des gravures, des tableaux qui représentaient l’Italie, et ça va nourrir la passion de Goethe pour un pays avec une culture pluriséculaire. Donc en ce sens le milieu familial a une influence, là, tout à fait positive sur son développement. (Sylvie le Moël)

Cette vie de famille paisible subit de plein fouet le grand bouleversement de la Guerre de Sept Ans, qui meurtrit durement le Saint-Empire romain germanique entre 1756 et 1763. Le conflit divisa ainsi profondément la famille Goethe.

Dans l'enfance, s'enracine l'apétit de savoir de Johann et sa propension boulimique à la lecture et à l'étude. Polymathe invétéré, il écrit déjà des vers, apprend l'hébreu, dessine, s'intéresse à la musique, sans pour autant dédaigner les exercices du corps, comme l'équitation.

[Le rapport au corps] est très important. Goethe marche, Goethe chevauche, Goethe fait du patin à glace, Goethe bouge, ce n’est pas un savant en chambre, et c’est quelqu’un qui a nourri toute sa poésie aussi du déplacement, du voyage […] Déplacement à pied, à cheval, volonté d’avancer dans une grande chevauchée mais aussi de contrôler la chevauchée. Donc il y a toujours les deux : l’énergie et le contrôle de l’énergie. (Sylvie Le Moël)

Adulte, Goethe sera tout autant écrivain et homme d'études qu'homme politique engagé dans les affaires de son temps ; en témoigne son entrevue avec Napoléon Bonaparte en 1808.

Mais les rencontres qui le marquèrent le plus furent peut-être les rencontres amoureuses, notamment celle de Marguerite, un premier amour maladroit et malheureux, qui évoque inévitablement le premier Faust.

C’est un vrai malentendu. Il faut dire que Goethe est un petit peu manipulé par des camarades qui ont fait écrire des lettres d’amour à cette jeune fille, donc elle a cru qu’il s’agissait d’une plaisanterie. Puis Goethe la rencontre, essaie de lui faire comprendre que ce n’est pas le cas, mais il est encore jeune, elle le prend pour quelqu’un de très jeune. Puis cette première relation très timide va être révélée à son père, qui va le prendre très mal. La jeune fille va être éloignée de la ville, et Goethe a une réaction : il tombe malade. On dirait qu’il a une sorte de petite dépression, dont il va sortir grâce à un de ces précepteurs, grâce au fait qu’il se replonge dans les études. (Sylvie Le Moël)

Entre science, amours et voyages, la vie de Goethe révèle tout son potentiel romanesque et semble se confondre avec celle de ses héros les plus emblématiques : Werther, Faust ou Wilhelm Meister.

MUSIQUE GÉNÉRIQUE (début) : Panama, de The Avener (Capitol)

MUSIQUE GÉNÉRIQUE (fin) : Nuit noire, de Chloé (Lumière noire)

Bibliographie

Goethe

GoetheJoël SchmidtGallimard, coll. « Folio biographie », 2014

Intervenants
  • Professeure d’études germaniques à la Sorbonne, spécialiste des XVIIIème et XIXème siècles allemands
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