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Un bateau de pêche français au large de Dunkerque. 75% des bateaux français font moins de 12 mètres de long et leurs prises sont vendues majoritairement à la criée.

Pêche : le nouveau partage des eaux

59 min
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La pêche se trouve au centre des négociations du Brexit. Alors que le secteur halieutique français est déjà en difficulté, il est obligé de se réorganiser pour tenir en compte à la fois les impératifs économiques et environnementaux, ainsi que les enjeux géopolitiques.

Un bateau de pêche français au large de Dunkerque. 75% des bateaux français font moins de 12 mètres de long et leurs prises sont vendues majoritairement à la criée.
Un bateau de pêche français au large de Dunkerque. 75% des bateaux français font moins de 12 mètres de long et leurs prises sont vendues majoritairement à la criée. Crédits : DEA / C. SAPPA - Getty

Alors que les négociations ont lieu depuis des années, les Européens et les Britanniques n'arrivent toujours pas à se mettre d'accord sur la question de la pêche, éternel grain de sable dans l'immense rouage de ces négociations. "Nous savons bien que nous allons devoir faire un effort : il faut que cet effort soit raisonnable, qu'il préserve les activités de pêche de l'Union européenne", a affirmé le négociateur européen Michel Barnier. "Cela passe par un accès aux eaux qui soit réciproque et stable", ainsi que par "une répartition juste des quotas : nous n'y sommes pas", a-t-il lancé lors d'une conférence de presse. Le même jour, le Secrétaire d'Etat chargé des affaires européennes Clément Beaune a juré de ne pas faire de la pêche la variable d'ajustement d'un accord plus général.

Le Brexit s’est construit autour de l’enjeu de la souveraineté nationale anglaise, y compris sur les ressources économiques. La pêche fait partie des exemples que mettent volontiers en avant les eurosceptiques. - Christian Lequesne

Le poids de la question halieutique dans les négociations du Brexit a de quoi surprendre. Au niveau européen en effet, la pêche, l’aquaculture et la transformation des produits de la mer contribuent à moins de 1% du PIB. Selon un rapport du gouvernement britannique, la pêche n'a contribué qu'à hauteur de 0,12% à la production économique du pays en 2016. Mais pour les Anglais, c'est un élément clef de leur stratégie de négociation : les Européens pêchent dans les eaux des Britanniques pour une valeur de près de 590 millions de livres sterling tandis que les Britanniques capturent des poissons dans les eaux de l’UE pour à peine 130 millions de livres annuelles. Ils peuvent donc se permettre d'être très durs en affaires,  quitte à faire quelques concessions le moment venu en échange d’un accord plus favorable sur des sujets où ils ont moins de pouvoir de négociation - leur accès au marché commun européen et les questions d’harmonisation réglementaire, notamment.

La pêche a toujours eu une importance qui va bien au-delà de son importance économique. - Didier Gascuel

Mais de l'autre côté de la Manche, chez les pêcheurs français, ces débats inquiètent. Les pêcheurs français redoutent par-dessus tout un « no deal » qui les priverait des ressources marines côté britannique. Car aujourd’hui, les pêcheurs bretons et normands passent la majorité de leur temps dans les eaux anglaises, celles qui leur seraient interdites en cas d’un « no deal ». On estime que 30% de la pêche française vient de ces eaux, et pour les ports de Boulogne ou de Lorient, la proportion atteint même 90%. Et ce ne sont pas que les pêcheurs qui sont concernés, mais également toutes les industries qui en découlent : en Normandie, la filière de la transformation industrielle du poisson représente 5% des emplois de la région.

La France, comme les autres pays européens, a une très grande dépendance aux eaux territoriales britanniques. Elle risque de sortir des négociations perdante par rapport à la situation actuelle. - Basak Bayramoglu

Et ces négociations arrivent à un moment où le secteur français est en difficulté. Les volumes de produits aquatiques achetés par les ménages français pour leur consommation à domicile ont atteint 628 milliers de tonnes en 2019 soit une baisse de 2,2 % par rapport à 2018. Sur les 15 dernières années, la flotte française a diminué de 17 %, pour atteindre 6 835 navires fin 2016. Et puis, le coronavirus est passé par là : la fermeture des frontières au moment du premier confinement a fait fondre les revenus issus de l'exportation et la fermeture des restaurants a fortement fait diminuer la demande intérieure.

Comment faire, donc, pour organiser la filière de la pèche ? À l’heure du Brexit et de la transition écologique, la pêche française et européenne peut-elle réinventer son modèle ? Comment définir des quotas justes, et comment ménager à la fois les impératifs économiques des acteurs de la filière et les impératifs environnementaux de long terme ?àPour essayer d'y voir plus clair dans ces eaux troubles, nous avons invité Didier Gascuel, professeur en écologie marine à Agrocampus Ouest de Rennes et membre du Conseil scientifique des pêches de l’Union européenne, Basak Bayramoglu, chercheuse en économie à l’Institut national de la recherche agronomique (INRAE) et Christian Lequesne, professeur à Sciences Po.

Références sonores

  • Mash avec Clément Beaune et Boris Johnson
  • Témoignage du pêcheur Christophe Lhomel extrait du «  rendez-vous place du marché » du 1er juillet 2020
  • Extrait de « Forest Gump » de Robert Zemeckis
  • Daniel Pauly le 8 juin 2019, posté sur YouTube par BLOOM ASSOCIATION

Références musicales 

  • «Fisherman’s blues » de Emilia Clarke
  • « Boat song » de Woodkid
Intervenants
  • directeur du Centre de Sciences Aquatiques et de la Pêche à l’Agrocampus Ouest de Rennes, membre du Conseil scientifique des pêches de l’Union Européenne.
  • professeur à Sciences Po et spécialiste des questions de diplomatie.
  • Chercheuse en économie à l’Institut national de la recherche agronomique (INRAE)
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