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Christophe Euzet, député AGIR de la 7ème circonscription de l'Hérault, salle des quatre colonnes à l'Assemblée Nationale, le 18 novembre 2020

Christophe Euzet : la glottophobie altère la cohésion de la société

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Le député AGIR de l'Hérault, Christophe Euzet, a déposé un projet de loi contre la discrimination par l'accent, autrement dit la glottophobie. Il estime que de nombreux Français ne se sentent pas représentés car les accents régionaux, selon lui, sont bannis de la sphère publique et des médias.

Christophe Euzet, député AGIR de la 7ème circonscription de l'Hérault, salle des quatre colonnes à l'Assemblée Nationale, le 18 novembre 2020
Christophe Euzet, député AGIR de la 7ème circonscription de l'Hérault, salle des quatre colonnes à l'Assemblée Nationale, le 18 novembre 2020 Crédits : Eric Chaverou - Radio France

"Ce n'est pas un combat personnel" précise d'emblée Christophe Euzet, député AGIR (ex-LREM) de la 7ème circonscription de l'Hérault, à propos de la loi dont il est le rapporteur et qui sera examinée en séance publique le jeudi 26 novembre 2020 à l'Assemblée nationale. Mais il estime que le sujet dont traite cette proposition est "loin d'être anecdotique" car il touche à la manière dont les individus font cohésion pour former société.

C'est pour cette raison qu'il prépare et peaufine son texte depuis un an et demi. Son souhait est de faire inscrire dans le code pénal et dans le code du travail qu'il est interdit de discriminer quelqu’un par l’accent, de la même manière qu'il est interdit de discriminer quelqu'un pour son orientation sexuelle ou pour son appartenance supposée à une race.

Le projet de loi n° 2473 porté par Christophe Euzet vise à punir pénalement les discriminations par l'accent.
Le projet de loi n° 2473 porté par Christophe Euzet vise à punir pénalement les discriminations par l'accent. Crédits : Eric Chaverou - Radio France

Ce projet de loi, présenté mercredi à ses collègues députés, en commission des lois, à l’Assemblée nationale, comporte donc trois articles. Très courts :

Article 1er : Au premier et au second alinéas de l’article 225‑1 du code pénal, après le mot : "syndicales," sont insérés les mots : "de leur accent,".
Article 2 : À l’article L. 1132‑1 du code du travail, après le mot : "handicap," sont insérés les mots : ", de son accent".

Article 3 (nouveau) : Au deuxième alinéa de l’article 6 de la loi n° 83‑634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, après le mot "origine,", sont insérés les mots : "de leur accent,".

Discriminer par l'accent, c'est accorder un traitement différent à quelqu'un. C'est le railler, c'est le moquer, et éventuellement, c'est le discriminer à l'embauche.

Les exemples de railleries et de discrimination sont multiples selon Christophe Euzet. La candidate écologiste à la présidentielle, Eva Joly, a notamment été la cible de Karl Lagerfeld en octobre 2011 :

Plus récemment, le Premier ministre Jean Castex a subi des moqueries. Les réseaux sociaux, en particulier, ont charrié de nombreux commentaires sur ce Premier ministre qui a cette particularité de s'exprimer avec un "accent du terroir".

Tout ça montre qu’il y a un vrai problème, selon Christophe Euzet. Ce problème peut avoir pour conséquence, quand on a un accent, qu’on a plus de mal à trouver du travail ou qu’on est moins invité dans les émissions, à la radio ou à la télé, quand on est un intellectuel ou un homme politique. 

Moi, je me suis rendu compte à quel point j'avais un accent quand j'ai commencé à sortir dans des cercles académiques parisiens. Je me suis rendu compte qu'à chaque fois que je commence à parler, il y a un sourire. Il (me) faut faire la preuve de (m)on sérieux. Des études montrent qu'il y a une hiérarchie des accents. Le mec du Sud est un mec plutôt sympathique, avec lequel on prendrait bien l'apéro, mais il n'est pas sérieux. Et si on descend l'échelle de cette hiérarchie, on trouve l'accent du Nord. Et l'accent du Nord, non seulement ce n'est pas sérieux mais en plus, c'est antipathique.

Christophe Euzet n’a pas fait carrière en politique. Il s’est engagé il y a trois ans et demi, dans le sillage d’Emmanuel Macron. Auparavant, il était enseignant, maître de conférence en droit public à l’université de Perpignan depuis 1998. 

En 2017, à l'âge de cinquante ans, il s'est dit qu'après avoir passé une grande partie de sa vie à analyser et à commenter la vie politique, il était temps, pour lui, de passer d'une attitude contemplative à un rôle plus actif. Il s'est présenté aux élections législatives, investi par La République En Marche, à Sète, là où son père est né, dans la 7ème circonscription de l'Hérault. Et il a été élu.

Il raconte avoir avoir malaisément vécu les premières années de son mandat. Il lui fallait jongler entre sa présence à l'Assemblée nationale à Paris, dans sa circonscription dans l'Hérault et auprès de sa famille à Perpignan. "Sur le plan familial, notamment, ça n'a pas été facile" confesse-t-il. Il dit aujourd'hui avoir compris qu'il lui faut "prendre garde de ne pas trop s'éloigner de ce qui est essentiel".

Il a aussi très mal vécu l'explosion de la révolte des "gilets jaunes". Elle a été particulièrement violente dans le Sud de la France. Il explique notamment avoir eu beaucoup de mal à accepter qu'on lui reproche sa déconnexion d'avec le peuple alors qu'il est issu d'un milieu modeste. Son père était employé de banque et sa mère, employée de bijouterie. C'est peut-être pour cette raison qu'il a décidé de faire face et d'aller au contact frontal avec les manifestants, au risque de se faire lyncher :

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La crise des gilets jaunes a fait comprendre au député Christophe Euzet qu'il y avait un problème d'identification au pouvoir et que les discriminations par l'accent avaient peut-être quelque chose à y voir.

Ses face-à-face houleux avec les "gilets jaunes" lui ont permis de dresser ce constat que "les gens ont le sentiment qu'on ne leur parle jamais comme eux parlent." Et selon Christophe Euzet, c'est dû, entre autres, au fait qu'à la télévision et dans la sphère publique, on n'accorde aucune place aux accents linguistiques régionaux. Les personnes qui ont un accent ne sont pas invitées sur les plateaux de télévision. La conséquence, dit-il, est qu'il y a "un problème d'identification au pouvoir" d'une partie de la population.

Le député Christophe Euzet face aux gilets jaunes à Pomérols dans l'Hérault le 5 janvier 2019
Le député Christophe Euzet face aux gilets jaunes à Pomérols dans l'Hérault le 5 janvier 2019 Crédits : François Lavigne - Radio France

C'est notamment de là qu'est née l'idée et l'envie de porter son projet de loi contre les discriminations par l'accent. S’il est adopté (c’est plutôt bien parti, la majorité y est favorable), Christophe Euzet estime qu’il aura apporté sa pierre à d’édifice. 

Après quoi, il fera peut-être un second mandat, pas forcément de député, plutôt un mandat dans un exécutif local, et puis il arrêtera la politique. Il n'a "pas envie de devenir un professionnel de la politique". Il retournera enseigner le droit public à l'université. Il n'a d'ailleurs pas tout à fait coupé le lien puisqu'il continue à donner un cours tous les vendredis après-midi.

En attendant, il essaie également d’entretenir le lien et de préserver sa famille. Chaque semaine, quand il "monte" à Paris, il emmène dans sa poche ou dans son sac une petite figurine que lui ont offert ses enfants. Elle représente Jack Sparrow, le personnage principal de la saga "Pirate des Caraïbes". C'est pour "ne pas qu’il oublie, lui ont-ils confié, qu’à l’origine, il n’est pas un institutionnel ou un politique mais qu'à l'image de Jack Sparrow, lui aussi est un rebelle et un pirate".

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