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Mon calendrier de l'avent déconfinement

Pourquoi le déconfinement ne me réjouit pas

3 min
À retrouver dans l'émission

Ce 2ème confinement est pénible. Mais la perspective d'en sortir ne me réjouit pourtant pas. Est-ce la peur de devoir me refaire à un monde auquel je n'avais jamais eu besoin de me faire ?

Mon calendrier de l'avent déconfinement
Mon calendrier de l'avent déconfinement Crédits : MirageC - Getty

Le psychiatre Serge Hefez, dans l'émission des Matins d'hier, a fait part de la différence qu’il avait pu constater auprès de ses patients entre le 1er et ce 2ème confinement : à savoir plus de mal-être, plus d’angoisses et plus de détresse. 

J’en témoigne, alors même que les conditions sont moins strictes et qu’il n’y a pas d’enfants à la maison, je trouve ce confinement plus dur, plus long, plus pénible. 

Toutefois, en écoutant Emmanuel Macron mardi soir, je me suis rendue compte d’une autre chose : à quel point la perspective d’un déconfinement ne me réjouissait pas non plus.
Est-ce la flemme de reprendre les vieilles mais pas si bonnes habitudes que j’avais ? Le regret d’en finir avec une période certes affreuse mais inédite ? L’inquiétude de découvrir la vie d’après ou de ne plus avoir d’excuses pour se dispenser de sortir ? 

En y pensant, c’est un peu de tout ça, autrement dit la peur de retrouver le monde normal…  Comment se dire qu’on va devoir se refaire à un monde auquel on n’avait jamais eu besoin de se faire et pour lequel on était déjà fait ? 

"L'empire de l'habitude"

C’est bien ma question: ce qui nous semblait naturel avant le 16 mars (comme, par exemple, aller au travail, faire des réunions à je ne sais plus combien, ou ne pas savoir ce qu’était un bien essentiel) l’est-il encore aujourd’hui ? tout ce que l’on accomplissait, banalement, de manière irréfléchie, par habitudes, est-il encore si évident qu’on le pensait ? 

Voilà toute mon interrogation : comment ce que l’on n’a jamais appris, ce qui nous a toujours semblé normal, habituel et évident, même le plus banal qui soit, doit-il être désormais et paradoxalement repris, réappris, reconquis ? 

Dans son Enquête sur l’entendement humain (1748), le philosophe David Hume analyse bien ce phénomène de l’accoutumance, qu’on pourrait aussi appeler l’habitude, le train-train ou la routine qui ne fait intervenir aucune opération de l’esprit, et voilà ce qu’il en dit : 

“chaque fois que la répétition d'un acte particulier produit un penchant à renouveler le même acte, sans que l'on soit mu par aucun raisonnement, nous disons toujours que ce penchant est l'effet de l'accoutumance.”

Mais là est mon problème aujourd’hui : qu’en est-il de cette accoutumance qui, quand on l’a perdue, doit être désormais reprise, recréée, repensée, reproduite, non plus automatiquement, mais en raisonnant, en réfléchissant, en se le disant ? Est-ce encore une habitude, du train-train et de la routine en tant que tels ? 

Faire le choix de sa routine

C’est vrai : on ne naît pas avec des habitudes, mais on les acquiert sans faire l’effort de les acquérir, sans y réfléchir, sans les interroger.
Hume dit, quelques lignes après, que “l’empire de l’habitude” est telle, je cite : qu’“elle ne dissimule pas seulement notre ignorance naturelle, mais aussi qu’elle se cache elle-même”.
L’habitude, quel que soit le nom qu’on lui donne, contient une forme d’impensé, d’involontaire, d’irréfléchi. 

Il faut que quelqu’un d’autre s’étonne de nos manies ou de notre routine pour qu’on en prenne conscience… ou alors, il faut une rupture, comme une séparation, un choc politique, un voyage ou une pandémie pour que ce qui nous semblait acquis, routinier, automatique, évident, normal, habituel (et je crois que là je n’ai plus de synonymes) ne le soit plus et demande un effort de réflexion ou de volonté. 

Ou pas peut-être : et si la peur de retourner dans le monde normal était tout simplement un refus de ce que l’on croyait banal et évident ? Peut-être qu’il nous est aujourd’hui donné l’occasion de choisir, ou pas, des habitudes qui nous ressemblent. 

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