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Laurent Grasso

Laurent Grasso : "Le fantastique est une très bonne manière d'interroger le réel"

55 min
À retrouver dans l'émission

Au micro d'Arnaud Laporte, Laurent Grasso revient sur les étapes qui ont jalonné son parcours et qui l’ont conduit à devenir un plasticien à l’œuvre magnétique.

Laurent Grasso
Laurent Grasso Crédits : Claire Dorn

A travers la vidéo, l'installation, mais aussi la peinture, la sculpture, ou encore le néon, le plasticien Laurent Grosso déploie depuis une vingtaine d’années une esthétique hybride et audacieuse qui questionne la réalité des simulacres autant que les nouveaux outils qui permettent d'appréhender le monde. Des problématiques sans cesse en mouvement dans ses œuvres visibles dans le monde entier. Il nous raconte la genèse de son travail ...

Le travail que j'ai pu commencer était pour traiter des questions qui se posaient à moi. C'était finalement un outil comme un autre pour pouvoir interroger le monde sans prétention et me situer. Bien sûr, la philosophie et la sociologie m'intéressaient beaucoup. [...] J'avais cet intérêt pour étudier les systèmes 

Un regard sur le monde

Laurent Grasso est un artiste prolifique qui ne cesse d’interroger le monde et ses images par le prisme de l'art. Dès 2001, il est résident du Pavillon de Tokyo, puis pensionnaire à la Villa Médicis de Rome en 2004, lauréat du prix Altadis en 2005, et surtout du prix Marcel Duchamp en 2008. Intéressé par l’esthétique du pouvoir, de sa mise en scène à son influence, l’artiste a filmé les obsèques de Jean Paul II sur permission du Vatican en 2005 puis a tourné dans le bureau présidentiel du palais de l'Élysée avant de présenter la vidéo à la Galerie Perrotin en 2017. Si le film est son médium de prédilection, l'artiste déploie néanmoins une œuvre protéiforme :

Il y a toujours eu ce lien entre l'objet central qui était le film et un jeu d'allers retours avec des objets extérieurs qui pouvaient parfois donner l'impression de traverser l'écran. Cet aller-retour a été le régime de création de tous ces objets pour donner des expositions qui sont comme des films eux-mêmes, avec des chapitres, des séquences, des sous titres, des textes. C'est cet environnement, cette ambiance, cette atmosphère que j'essaye de mettre en place, où les objets se parlent les uns aux autres. Il y a une forme de constellations avec différents rayonnements, différentes résonances.

On a pu découvrir ses œuvres magnétiques dans de nombreuses expositions, telle que Uraniborg au Jeu de Paume à Paris en 2012 où il explore la pré-modernité scientifique, ou encore Soleil double en 2014 à la Galerie Perrotin où il examine la légende selon laquelle il existe un second soleil. Des expériences cognitives autant que des interrogations de notre système de croyance où les œuvres jouent de la frontière entre la science et la poésie, entre « l’alchimie et la chimie », selon ses mots. 

Mon travail a un aspect assez sensoriel. Je l'ai construit en m'inspirant en premier lieu du monde qui m'entourait et en le questionnant plutôt qu'en questionnant l'histoire de l'art ou d'autres œuvres. 

Ces phénomènes ont eu le rôle d'une surface de projection pour le spectateur, puisque je n'ai jamais voulu délivrer de message ou influencer la manière de les comprendre. Au contraire, ils restent un peu mystérieux et permettent à chacun d'y projeter quelque chose. Je laisse le système ouvert. Il y a une part presque cognitive dans l'approche que j'essaie de mettre en place. 

Poétique de l’infra-visible

Sur tous les champs, Laurent Grasso investit également l’espace public. Il a ainsi installé le néon Infinite Light en 2008 à New York, le néon Memories of the Future à Séoul, ou encore l’œuvre Solar Wind à la périphérie du XIIIe arrondissement de Paris. 

Je trouve que présenter une œuvre ou un projet sans le contexte du musée ou de la galerie, offre une expérience particulière.[…] J'ai ce goût pour un travail protéiforme et les différents lieux me permettent à chaque fois de créer un projet qui soit spécifique. 

En plus de s’illustrer dans de très nombreuses expositions, le plasticien participe aux évènements phares de la scène artistique à l’échelle mondiale. En témoigne le film OttO qu’il présente à la Biennale de Sydney en 2018 où, en s’appuyant sur les « résonances de Schumann » prédisant l'existence d'un champ électromagnétique terrestre, il explore l’infra-visible et ce qu’il y a de paranoïaque dans nos vies. Des motifs dignes de la science-fiction auxquels se couplent souvent dans ses œuvres ceux de la surveillance généralisée et des dispositifs de contrôles, de leurs formes archaïques à celles contemporaines, comme dans son film The Silent Movie en 2010. 

Le fantastique est une très bonne manière d'interroger le réel. J'ai été marqué par Maupassant par exemple, et je retrouve ce goût dans chaque projet de proposer un point de vue et une expérience qui soient assez flottants. L'idée est de produire un questionnement sur la scène qui était en train de se dérouler par l'arrivée d'éléments incongrus.

Sons diffusés pendant l'émission : 

  • Extrait de Michel Foucault sur l'étude de l'espace et du pouvoir dans "Les lundis de l'histoire" sur France Culture, diffusé le 23 mai 1997. 
  • Musique composée par Grégoire Auger pour le film OttO de Laurent Grasso.
  • Musique composée par Warren Ellis pour le film Artificialis de Laurent Grasso.

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