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Elsa Lepoivre en tant que sociétaire de la Troupe

Elsa Lepoivre : "Je pense qu'on ne joue qu'un seul rôle toute sa vie"

55 min
À retrouver dans l'émission

Investie dans “Comédie d’automne”, une programmation en ligne du Français composée d’une émission hebdomadaire, de lectures et de créations théâtrales exclusives, Elsa Lepoivre est au micro d’Arnaud Laporte. Retour sur le parcours, le processus créatif et l’imaginaire d’une artiste épicurienne.

Elsa Lepoivre en tant que sociétaire de la Troupe
Elsa Lepoivre en tant que sociétaire de la Troupe Crédits : Stéphane Varupenne coll. Comédie-Française

La longue silhouette racée d’Elsa Lepoivre est devenue au fil des années un axe majeur des productions de la Comédie Française, dont elle est Sociétaire depuis le 1er janvier 2007. A l’aise dans tous les registres, la comédienne n’a cessé d’inspirer des metteurs en scènes très différents au fil des saisons. Cette saison justement, la comédienne participe à la “Comédie d’automne” du Français, une programmation en ligne composée d’une émission hebdomadaire, de lectures et de créations théâtrales exclusives. 

Une comédienne épicurienne 

Le parcours d'Elsa Lepoivre débute à l’Académie Théâtrale de Pierre Debauche, une école alliant apprentissage et travail professionnel. Avec une trentaine de camarade, elle suit le metteur en scène lorsque celui-ci créé son Théâtre du jour à Agen et obtient le rôle de Nina dans La Mouette de Tchekhov pour leur premier spectacle. Elsa Lepoivre nous raconte l'approche solaire de Pierre Debauche et ce qu'elle en a retenu : 

Il faut célébrer ce que la personne renvoie immédiatement. Et ça, pour des jeunes gens, c'est comme quand on aborde le sujet de faire du théâtre adolescent, il ne faut pas casser, il faut accompagner.  Il faut aider ces jeunes personnes à s'ouvrir et à donner ce qu'ils sont. Après, il y a toute la vie pour trouver les failles et les blessures. Ça se fait naturellement.  

Après cette expérience particulièrement enrichissante, la jeune comédienne entre au Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique où elle suit les classes Daniel Mesguich, Catherine Hiegel, Stéphane Braunschweig, mais surtout Stuart Seide qui lui recommande de « travailler ces zones sombres ». 

Il sentait qu'il y avait peut-être quelque chose de l'ordre de la mélancolie ou de la tragédie qui commençait à naître à cet âge-là. Je n'avais pas forcément encore beaucoup exploré ces parties-là. Spontanément, les colères, les choses comme ça me venait. On commença à tisser, à avoir les petits outils pour aller fouiner sur des endroits où on n'a pas l'habitude d'aller. C'est lui qui m'a un peu enclenché là-dessus.

Un conseil qu’elle applique à la lettre lorsqu’à sa sortie du conservatoire elle se voit confier des rôles forts de femmes telle que la princesse de France dans Peines d’amour perdues de Shakespeare sous la direction d’Emmanuel Demarcy-Mota ou encore Célimène dans Le Misanthrope de Molière mis en scène par Jacques Lassalle, et bien d’autres. 

A la Comédie Française

Attirée par l’aventure collective depuis son plus jeune âge, Elsa Lepoivre intègre la troupe de la Comédie Française en 2003 et devient sociétaire en 2007. L’actrice est depuis une des comédiennes les plus employées au Français. Véritable athlète, Elsa Lepoivre est abonnée aux rôles tragiques qu’elle sublime par une grande justesse dans les émotions et une puissance d’incarnation. Par de-là les costumes, il est bien question pour elle de changer de peau à chaque fois tant elle fait corps avec ses personnages. C’est donc tout naturellement que son talent est salué par un Molière de la comédienne en 2016 pour son rôle dans Les Damnés mis en scène par Ivo van Hove. 

L'énergie d'être en connexion avec les autres, les liens que ça peut créer, ça me rend vivante. Ce n'est pas tant le théâtre, c'est toute l'aventure humaine que ça enclenche. Je suis souvent extrêmement émue d'observer mes camarades et de les voir travailler, de voir ce qu'ils traversent.  Je suis très sensible à ça, donc forcément, le théâtre, c'est le terrain favorable pour ce voyage humain.

Durant la saison 2019, Elsa Lepoivre est à l’affiche de quatre productions à travers desquelles elle déploie une mosaïque de la condition féminine. Du rôle-titre dans Lucrèce Borgia de Victor Hugo à Emilie Ekdhal dans Fanny et Alexandre, en passant par Sophie Von Essenbeck dans Les Damnés de Ingmar Bergman et le double rôle de Clytemnestre et d’Hélène pour la nouvelle création Electre/Oreste d’Ivo van Hove … La comédienne est partout, sur toutes les partitions de mères dont elle livre des interprétations bouleversantes. 

Ce sont des chemins, des parcours et des voyages incroyables quand tout à coup, on peut grâce à la littérature, grâce au théâtre, explorer des fulgurances ou des drames qui nous arrivent et qu'on traverse tous.

Je sais déjà les rôles que je ne jouerai plus jamais, à moins d'être dans une proposition particulière. [...] Je me dis que les virages, il faut bien les prendre, positivement dans l'esprit surtout. C'est accepter les choses pour en découvrir toute la richesse, parce que je pense que tous les âges ont leur richesse. Les propositions ne peuvent que nous surprendre, à chaque nouveau rôle proposé, à chaque année qui passe je trouve qu'on découvre toujours mieux, toujours plus. 

Elsa Lepoivre a néanmoins souvent retrouvé un même rôle ou une même mise en scène. Elle nous explique comment elle aborde cela :

Il y a des partitions ou des rôles qui nous importe, qui ont compté à un moment donné. Quand il s'est passé un an c'est comme si le rôle avait infusé tout seul. C'est comme si les choses étaient descendus en profondeur, comme s'il y avait quelque chose qui s'était ancré dans le sol. C'est toujours très savoureux. Lucrèce Borgia, dont on est déjà sur la deuxième ou troisième reprises, ce sont des rôles qui sont des puits sans fond 

Son actualité : Le Français propose, pendant le confinement, “Comédie d’automne”, une programmation en ligne composée d’une émission hebdomadaire, de lectures et de créations théâtrales exclusives. 

Sons diffusés pendant l'émission : 

  • Archive de Pierre Debauche, émission Un jour au singulier (07/07/1996), entretien mené par Geneviève Ladouès.
  • David Bowie, “The man who sold the world” sur l'album The Man Who Sold The World (1970)
  • Extrait de Gena Rowlands dans “Opening night” de John Cassavetes, 1977.
  • Extrait d'Elsa Lepoivre dans “Les Trois Soeurs” de Tchekhov, diffusé le 16/01/2011 sur France Culture.

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