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Thèmes et méthode : dissertation résumé synthèse

servitude et soumission: dissertation



Quelques ouvrages d'analyse sur le thème soumission et servitude

Servitude et soumission

Servitude et soumission

L’Essentiel sur Servitude et Soumission, Prépas scientifiques 2017-2018

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Introduction

Rousseau démarre sa réflexion sur le fait politique par un constat extrêmement désabusé : l’aliénation des hommes est partout, nul n’y échappe, pas même le maître qui instrumentalise les autres en les asservissant à ses propres besoins ou ses propres projets. Il est en réalité plus asservi encore qu’eux : « tel se croit le maître des autres, qui ne laisse pas d’être plus esclave qu’eux ».

Pourtant, s’étonne Rousseau, « l’homme est né libre ». La liberté est pour lui une expression essentielle de la nature humaine. Il est contradictoire avec la nature humaine que l’humanité soit dans une telle servitude.

Rejoignant les analyses de La Boétie qui accorde, cependant, aux bêtes un besoin de liberté que Rousseau ne voit qu’en l’homme, Rousseau en est sûr : l’aspiration à la liberté est, en l’humanité, profonde, innée, irrépressible.

Comment, dès lors, en est-on arrivé à une telle négation de l’un des besoins les plus impérieux de l’être humain ? C’est aussi cette question qui sous-tend tout le Discours de La Boétie.

Or, à cette question, une réponse se lit en filigrane dans les trois œuvres au programme : à l’exception très intéressante des eunuques mis en scène par Montesquieu et qui sont foncièrement conscients d’être à la fois dominants et dominés (Lettre persane IX), les dominants ignorent la soumission dans laquelle les jette leur besoin de dominer les autres. Elle leur reste invisible.

Faire prendre conscience de leur aliénation à ceux qui croient dominer les autres est peut-être la première pierre de l’édification d’une relation humaine sur un tout autre fondement que celui de la domination.

 

I. L'asservissement généralisé des êtres humains

1.  Partout règne une domination qui asservit une partie de l'humanité

Un étonnement fonde l’œuvre de La Boétie : comment des millions de millions d’hommes sont asservis à un tyran et le restent, alors même qu’il « n’a de puissance que celle qu’on lui donne » et qu’il n’a aucun « pouvoir de leur nuire, qu’autant qu’ils veulent bien l’endurer » ? Une des réponses les plus importantes, que donne La Boétie à ce questionnement qu’il soulève, c’est la cascade des tyranneaux : le tyran royal ne pourrait pas en effet asservir un peuple entier, s’il n’était aidé par un tout petit groupe de petits tyrans potentiels « possédés d’une ardente ambition et d’une notable avarice » qui viennent lui donner main-forte et asservissent à leur tour tous les autres, aidés à leurs tours d’une série d’ambitieux et ainsi de suite dans une pyramide qui tient le peuple tout entier sous son joug.

2. Le degré d'asservissement des peuples dépend du type d'État

Moins systématique que Rousseau et que La Boétie, Montesquieu remarque qu’il y a des États politiques qui sont bien pires que d’autres. On ne peut, en effet, mettre sur le même plan les Républiques qu’on voyait alors, par exemple, en Suisse et en Hollande, les royautés européennes, et enfin les États orientaux. Après avoir fait le recensement des différents types de gouvernement dans la Lettre CIII, Rica examine le grand avantage qu’il y a à vivre là les rois sont limités par l’opinion que le peuple et les Grands ont d’eux et qui « ne veulent point choquer les mœurs et la religion des peuples », plutôt que dans un régime où les tyrans font « mourir tous ceux qui leur déplaisent, au moindre signe qu’ils ont ».

Il y a donc des degrés de gravité dans l’asservissement, et le monde oriental fait figure de repoussoir pour Montesquieu qui réfléchit aux moyens d’éviter à la France, ce pays au climat tempéré et aux formes politiques modérées, le risque de l’absolutisme dans lequel Louis XIV et ses successeurs s’enfonçaient alors.

3. La relation homme-femme est partout l'expression d'un patriarcat généralisé

S’il y a une relation où l’asservissement d’une partie de l’humanité à l’autre se voit partout dans le monde, c’est la relation entre homme et femme. Bien que La Boétie ne soulève pas ce problème dans sa dénonciation de la soumission humaine, son discours sur le caractère « efféminé » de ceux qui se soumettent et adhèrent par eux-mêmes à leur servitude montre à quel point la soumission est assimilée, par lui, à la condition même des femmes, quand au contraire la révolte et l’amour de la liberté sont signes de virilité.

C’est que le régime patriarcal dans lequel vit la grande majorité des êtres humains et comme le relève Rica dans la Lettre persane XXXVIII, est une véritable tyrannie que rien ne peut justifier. L’asservissement des femmes est donc, conclut ce dernier, une injustice.

Une maison de poupée d’Ibsen met en scène la dépendance financière de Nora, femme ouvertement soumise de la fin du XIXe siècle : elle est sans cesse, ramenée par son époux, à des surnoms de choses et d’animaux qui actent une négation de son humanité, comme si cette humanité ne pouvait avoir d’existence reconnue que par une liberté et une indépendance qui précisément manquent à Nora.

C’est en effet dans cette relation des femmes aux hommes que se voit, plus sans doute qu’ailleurs, cette adhésion de l’asservi à son état d’infériorité et de dépendance, qui fait de lui un soumis.

♦ Transition

Ce que soulève La Boétie, très directement, dans Le Discours de la servitude volontaire, c’est la question de la soumission qui transforme la révolte, qui devrait accompagner toute servitude, en une acceptation empressée de ses propres chaînes et, dès lors, la servitude en soumission (c’est-à-dire en une servitude volontaire). Il y a en effet comme un phénomène hypnotique (l’auteur parle de la « fascination » des sujets du tyran qui sont comme « ensorcelés par le nom d’un » et qui redoutent cette unique personne alors qu’ils ont le nombre contre lui [d’où le sous-titre du Discours : « Le contr’un »], et parfois même le chérissent alors qu’il est « inhumain et cruel ».

Montesquieu fait le même constat. Ainsi dans La Lettre XXIV, Rica voit dans le Roi de France ou dans le Pape, de grands « magiciens » qui exercent un véritable empire non seulement sur l’État et les lois, mais sur les esprits eux-mêmes.

Et dans les deux premiers actes de La Maison de poupée, Ibsen fait de Dora, pourtant clairement asservie, une grande amoureuse de son tyran de mari.

II. Quand la servitude devient soumission

1.  Les petits maîtres sont bien plus soumis que les petites gens

C’est la volonté d’asservir les autres qui commande, chez certains, leur propre soumission. La méchanceté des tyranneaux est aussi un aveuglement, car s’approcher du tyran, c’est, selon La Boétie, « s’éloigner de la liberté, et pour ainsi dire, embrasser et serrer à deux mains la servitude ». Ainsi, il oppose la digne servitude des paysans et villageois qui ne sont asservis que dans leurs actes [« Le laboureur et l’artisan, pour tant asservis qu’ils soient, en sont quittes en obéissant »], à l’aliénation totale du tyranneau intermédiaire qui ne doit pas seulement obéir, mais penser ce que le veut le tyran, et même prévenir ses futurs désirs [« Ce n’est pas tout de lui obéir, il faut lui

complaire, il faut qu’ils se rompent, se tourmentent, se tuent à traiter ses affaires et puisqu’ils ne se plaisent que de son plaisir, qu’ils sacrifient leur goût au sien, forcent leur tempérament et le dépouillement de leur naturel. »]

2.  Le maître lui-même est asservi

Selon La Boétie, le tyran en chef lui-même se prive de ce qui fait le bonheur de vivre : aimer et être aimé. Il ne peut connaître l’amitié qui, Aristote l’avait révélé, « ne peut exister qu’entre gens de bien ». Il vit dans la peur permanente d’être tué, et selon Montesquieu, « rien ne rapproche plus les princes de la condition de leurs sujets, que cet immense pouvoir qu’ils exercent sur eux ; rien ne les soumet plus aux revers, et aux caprices de la fortune ». Les opposants au régime despotique risquant leur vie à la moindre critique du pouvoir, à la moindre faute, ou au moindre caprice, n’ont en effet aucune raison de pas à attenter à la vie du souverain. Ils n’ont rien à perdre et tout à gagner à chercher à prendre sa place [toujours cette importante lettre CIII].

3. L'homme dominateur dans sa relation aux femmes est réalité un esclave

Les Lettres Persanes mettent en scène une soumission des hommes aux femmes d’autant plus accentuée qu’elle est cachée, inconsciente, mais parfaitement actée.

Dès la sixième Lettre persane, c’est-à-dire à peine parti de chez lui, Usbek dévoile ses souffrances, son obsession de la fidélité de ses femmes, son incapacité à partir tranquille et confiant, malgré l’appareillage invraisemblable que représente le sérail oriental avec ces hommes castrés dont l’unique fonction ne consiste qu’à garder les femmes. L’emprisonnement des femmes et la mutilation des eunuques n’empêchent pas l’angoisse des mâles orientaux.

Zélis, l’une des épouses d’Usbek est consciente de cette inversion de la domination et en fait état clairement : « Dans la prison même où tu me retiens, je suis plus libre que toi [...] et tes soupçons, ta jalousie, tes chagrins, sont autant de marques de ta dépendance. » [Lettre LXII]

Helmer Torvald, le mari dans Une maison de poupée, passe son temps à verbaliser et à acter la soumission de Nora, compensant par là aux yeux du spectateur, une dépendance qui éclate à la fin de la pièce, quand il ne peut supporter le départ et le désamour de Nora, qui, au contraire de lui, le quitte sans état d’âme, ayant compris qu’il n’était plus pour elle qu’un étranger.

III. L'espoir d'une sortie hors de la domination

De même que Le Contrat social de Rousseau est tout entier une tentative de dépassement des relations de domination par une organisation politique qui respecte la liberté individuelle tout en permettant l’existence de la communauté, de même, chacune des œuvres au programme porte l’espérance d’une relation humaine libérée de la servitude, qu’elle soit politique ou intime.

1.  Fraternité naturelle, Amitiés, éducation à la liberté chez La Boétie

Contrairement au Contrat social de Rousseau, le Discours sur la servitude volontaire reste allusif sur les solutions politiques possibles au malheur général que représente l’asservissement des hommes, il faut presque lire entre les lignes une espérance qui est là néanmoins.

Tout d’abord on y trouve une référence à la nature qui est toujours droite et bonne : « si nous vivions avec les droits que nous tenons de la nature... » tout irait bien, car les êtres humains sont nés libres et la nature fait d’eux frères destinés à l’affection, à l’entraide, au soutien mutuel.

La perversion de la nature par la soumission est due, selon la Boétie, à une éducation, catastrophique, qui fait des hommes des esclaves parce qu’ils ne connaissent rien d’autre dès la naissance. Dans la Lettre LXII, Montesquieu présente, de même, la question de l’éducation des filles à la soumission.

L’espoir réside donc dans une éducation conforme à la nature humaine qui cultivera, en chacun et chacune, la raison, à quoi chacun peut se soumettre tout en restant libre et à partir de quoi, peut régner l’amitié, cette relation qui depuis Aristote est comprise comme étant celle de deux égaux.

2. La pulvérisation des pouvoirs

Montesquieu aimerait que la royauté française reste ce qu’elle est par une longue tradition où le pouvoir et les influences sont divers et vont bien au-delà de la simple division des pouvoirs évoquée dans L’Esprit des lois. La Lettre CVII en donne un exemple frappant : il y est question de la République des femmes, un état dans l’État qui donne aux femmes un grand pouvoir, même s’il n’est que d’influence.

3.  Le badinage à la française

Une même tempérance organise la relation des hommes et des femmes en France parce que l’infidélité n’est pas une si grande affaire qu’en Orient : puisqu’elle est généralisée, chaque mari trompé peut devenir aussi un heureux amant. De ce fait, les plaintes et les excès passionnels des maris trompés n’ont pas bonne presse en France [lettre LV]. 

Le badinage permet, en outre, aux hommes et aux femmes de se désirer et de se plaire mutuellement par une habituation du désir sexuel qui en affaiblit les excès [Lettre LXIII].

4. L'authenticité du mariage

La fin de la pièce d’Ibsen met en évidence une nouvelle exigence chez Nora. C’est en expliquant sa déception qu’elle révèle la femme adulte et mûre qu’elle est depuis le début en secret comme le montre son aptitude passé à prendre une décision essentielle à la santé et au bonheur de ses proches, tout en gardant le secret pendant huit ans. Son exigence nouvelle d’une relation plus authentique naît de ce que son époux n’a pas su voir en elle, derrière la mascarade de la soumission conforme à son époque, cette personne adulte et responsable qu’elle est et qui est digne d’être admirée et aimée. Si les masques tombent, c’est parce que Dora se rend compte que la comédie réciproque du mari protecteur ne cache, en réalité, aucune individualité responsable. Le mariage véritable qu’elle donne comme seule condition à une vie commune ne peut dès lors être que celui de personnes réelles, celles que représentent, peut-être bien, le couple naissant de Krostad et Madame Linde, deux individualités complexes et qui ont souffert et mûri.

Conclusion

Si tous les êtres humains sont dans les fers, alors même que leur humanité doit, selon Rousseau, les conduire à défendre leur liberté, même au péril de leur vie, c’est parce qu’une partie d’entre eux trouve plaisir à soumettre les autres et à en faire l’instrument de ses propres désirs, de ses propres projets. Mais il y a un prix : une soumission secrète est promise à celui qui asservit les autres. Pour sortir de cette perversion de la relation humaine, il faut cultiver sa raison et accepter de voir en l’autre autre chose qu’un instrument de ses plaisirs, de ses besoins. La rencontre avec l’altérité de l’autre est une promesse d’amitié qui seule rompt la solitude profonde de chacun.

MARIE-LINE BRETIN, "L'homme est né libre...", in Servitude et soumission, Ellipses, 2016.

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