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Le temps vécu : Oeuvres, analyses, textes, résumé et dissertation

Texte à résumer : le temps vécu se dépose dans nos âmes

le temps vécu : résumé de texte

Le temps est la condition d’existence de notre « moi ». Il est son atmosphère vitale, Il s’évanouit pour raison d’inutilité quand se rompent les liens entre la personne et les conditions de son existence. Quand survient ce qu’on appelle la mort, qui est aussi la mort du temps individuel : la vie de l’être humain devient alors inaccessible aux sentiments de ceux qui sont restés en vie. Elle est morte pour son entourage.

Le temps est nécessaire à l’homme de chair pour réaliser sa personnalité. Je ne considère pas ici le temps linéaire, qui signifie avoir le temps de faire quelque chose, de réaliser tel ou tel acte, qui est un résultat. Je m’intéresse, quant à moi, à la cause, à ce qui féconde l’homme au sens moral.

 Ni l’histoire ni l’évolution ne sont encore le temps. Elles sont toujours des conséquences, Le temps est un état, la flamme où vit la salamandre de l’âme humaine.

Le temps et la mémoire se fondent l’un dans l’autre comme les deux faces d’une même médaille.      Il n ‘est pas de mémoire sans temps. Mais la mémoire est une notion si complexe, que même si nous énumérions toutes ses facettes, nous serions encore loin de la réalité. La mémoire est de l’ordre de l’esprit. Si quelqu’un, par exemple, racontait ses souvenirs d’enfance, nous aurions avec certitude entre nos mains assez de matière pour nous forger de cette personne une impression complète. Privé de mémoire, l’être humain devient le prisonnier d’une existence toute en illusions. Il est alors incapable de faire un lien entre lui et le monde, et il est condamné à la folie.

L‘homme est doué de mémoire en tant qu’être moral. C’est elle qui sème chez lui les germes de l’insatisfaction. Elle nous rend vulnérables et sujets à la souffrance.

Lorsque des chercheurs s’intéressent au temps en littérature, en musique, ou en peinture, ils étudient avant tout les méthodes utilisées pour le fixer. Chez Joyce, ou Proust, par exemple, ils se penchent sur la mécanique esthétique des rétrospections, la manière dont un personnage retient le souvenir de ses expériences. Ils examinent les formes employées pour retenir le temps dans l’art. Ce qui m’intéresse, ce sont les qualités intérieures, morales, propres au temps lui-même.

Le temps d’une vie est une opportunité donnée à I ‘homme pour prendre conscience de lui-même et de son aspiration à la vérité en tant qu’être moral. Un don à la fois doux et amer. Une vie alors est comme un délai au cours duquel l’homme peut, et a le devoir, de mettre son esprit en accord avec la compréhension qu’il a du but de l’existence humaine. Ce cadre étroit ne fait qu’accentuer sa responsabilité devant lui-même et devant les autres. Ainsi, la conscience humaine est tributaire du temps. Elle n’existe qu’à travers lui.

Le temps est dit être irréversible. Et il est courant de dire: « On ne restitue pas le passé. » Mais qu’est-ce que le passé ? Qu’est-ce qui est « déjà passé », quand, pour chacun d’entre nous, le passé détermine le présent, même chaque instant du présent ? En un certain sens le passé est plus réel, ou en tout cas plus stable, plus constant que le présent. Le présent fuit, glisse entre les doigts comme du sable, et n’a de poids matériel que par le souvenir. L’anneau du roi Salomon portait la devise: « Tout passe. » Par contraste, je voudrais faire porter l’attention sur la réversibilité du temps, considéré dans son sens éthique. Le temps, en effet, peut disparaitre sans laisser de traces dans le monde matériel, car il est une catégorie subjective, spirituelle. Le temps que nous vivons se dépose dans nos âmes comme une expérience dans le temps.

Les causes et les résultats sont liés et se déterminent les uns par rapport aux autres. Ils s’engendrent dans un ordre inexorable et nécessaire, et notre destin deviendrait fatalité, si nous pouvions d’un coup en saisir toutes les relations. Le rapport de cause à effet, qui est passage d’un état à un autre, est aussi la forme par laquelle le temps existe, et un moyen pour nous de le matérialiser dans le quotidien. Mais la cause de l’effet ne peut être rejetée comme le premier étage d’une fusée. Tout effet nous amène à remonter à sa source, à ses causes. En d’autres termes, nous remontons le temps par la conscience. La cause et l’effet sont alors, au niveau moral, inversés. Et l’homme retourne en ce sens dans son passé.

Andrei Tarkovski, Le temps scellé, Les cahiers du cinéma, 1989

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