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Henri Barbusse, Le feu : résumé et commentaire


 

LE FEU ( Journal d’une escouade) est un roman d’ Henri Barbusse (1873-1953), publié à Paris chez Flammarion en 1916. Prix Goncourt.

Ce roman qui fit scandale, obtint un succès considérable et demeure quasiment la seule œuvre encore largement connue de ce romancier engagé, auteur de l’Enfer.

Résumé du roman 

Sous les ordres du caporal Bertrand, une escouade vit la vie quotidienne des combattants de la Première Guerre mondiale, dans la terre des tranchées d’Artois, depuis les derniers mois de 1914 jusqu’en décembre 1915. Barque, Cocon, Tirette, Volpatte, Marthereau, Lamuse, Tirloir, Eudore: tous connaissent l’horreur des bombardements d’artillerie, des attaques à la baïonnette, de la présence obsédante de la mort. Leurs rêves, leurs frustrations, leur angoisse, mais aussi leur camaraderie et leur solidarité tissent l’interminable temps de la guerre, scandé par les morts, les saisons, où dominent la pluie et la boue. Crasse, obus, marches nocturnes, attentes, frénésie furieuse des assauts: une humanité sacrifiée, déchue, martyre est jetée dans «un effroyable néant de gloire». Malgré quelques scènes particulièrement marquantes, comme les deux messes célébrées simultanément dans les deux camps, l’art du romancier consiste à maintenir le ton de la chronique, relevée par les conversations des soldats et tel ou tel épisode qui se grave dans la mémoire du lecteur, comme celui des bottes que l’on enlève aux cadavres. Seule la foi «brutalement simple» dans «l’entente des démocraties, l’entente des immensités, la levée du peuple du monde» laisse une pauvre lueur d’espoir, telle l’ultime «ligne de lumière» qui «apporte la preuve que le soleil existe». Le roman se clôt alors en reprenant le message du chapitre 1, «la Vision»: «Les trente millions d’esclaves jetés les uns sur les autres par le crime et l’erreur, dans la guerre de la boue, lèvent leurs faces humaines où germe enfin une volonté.»

 Commentaire du roman Le feu 

«Nos âges? Nous avons tous les âges. Notre régiment est un régiment de réserve que des renforts successifs ont renouvelé en partie avec de l’active, en partie avec de la territoriale» (chap. 2): «tous les âges», mais aussi toutes les origines et tous les métiers, une section emblématique des combattants de 1914-1918 passe par toutes les terrifiantes épreuves de cette boucherie. Comme Gaspard de René Benjamin (1915), Impressions de guerre d’Henri Massis (1916), Sous Verdun de Maurice Genevoix (1916, voir Ceux de 14), Pain de soldat d’Henry Poulaille (1916), la Vie des martyrs de Georges Duhamel (1917), et avant les Croix de bois de Dorgelès (1919) ou les Mémoires d’un rat de Pierre Chaîne (1921), le Feu décrit minutieusement la réalité insoutenable d’une apocalypse de feu et d’acier, grâce au récit direct et sans artifice d’un simple «poilu».

Mise en abyme du roman, le chapitre 20, intitulé «le Feu», baigne dans un «nuage de pestilence» et une «fumée incompréhensible» qui environne les attaques. Sinistre contraste imposé par la guerre, à la description d’un cadavre succède une partie de cartes. «Ah! il faut être vraiment fort pour continuer, continuer!»: la conclusion du chapitre renvoie à cette épouvante quotidienne des boyaux boueux et des explosions, du sang et de la pourriture universelle. On comprend que ce texte précis, poignant, sans concession, où le langage dru et l’argot des tranchées restituent la parole des soldats avec un cachet d’authenticité, ait pu indisposer les bellicistes de l’arrière, qui pour la plupart n’avaient pas eu le courage de s’engager volontairement à quarante ans, comme le fit Barbusse, pour «voir» la réalité de la guerre.

En 1917, dans une Préface à une édition spéciale du Feu, Henri Barbusse déclarait: «Je vous aiderai à garder en vous l’enfer que vous avez hanté [...]. Je vous empêcherai d’oublier de quel rayon de beauté morale et de parfait holocauste s’éclaira là-bas, en vous, la monstrueuse et dégoûtante horreur de la guerre.» C’est souligner la portée de cette œuvre, cri humaniste, qui devait d’ailleurs déterminer en grande partie le trajet politique de Barbusse, qui dans Clarté, en 1919, désignera l’ennemi du genre humain: le capitalisme fauteur de guerre, pour qu’à l’Ouest aussi, il y ait enfin du nouveau.

 G. GENGEMBRE

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