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Thèmes et méthode : dissertation résumé synthèse

Le spleen de Paris, analyse du poème en prose "Le vieux Saltimbanque" de Charles Baudelaire



Dans le Spleen de Paris, Charles Baudelaire s’attache à décrire des scènes pittoresques, mais aussi susceptibles de revêtir un sens symbolique. Dans ce poème en prose Le poète s’interroge sur la vie moderne. La figure du vieux saltimbanque s’inscrit donc à la fois dans une tradition descriptive et allégorique.

 I. Le portrait d’un pauvre homme

 1. Un être exclu

Les premiers et derniers mots de l’extrait proposé montrent que le saltimbanque est exclu de la fête et de la société : il est « au bout, à l’extrême bout de la rangée de baraques » (l. 1), et la foule s’arrête « à quelques pas de sa répulsive misère » (l. 14). Le poète dit aussi que le malheureux « s’était exilé » (l. 2). Le saltimbanque est également, par l’intermédiaire de sa « cahute » rapproché du « sauvage le plus abruti » (l. 4), c’est-à-dire d’un être aux confins de l’humanité. À l’adverbe « partout », repris en anaphore (« Partout la joie, le gain, la débauche ; partout la certitude du pain pour les lendemains ; partout l’explosion frénétique de la vitalité. », l. 6-7), s’oppose le « ici » de la misère (l. 7). De plus, une série de verbes négatifs oppose l’artiste déchu non seulement à la foule joyeuse, mais aussi à l’image attendue du forain : « Il ne riait pas [...], il n’implorait pas » (l. 9-11).

 2. Du portrait au symbole

Le discours dominant dans ce poème est descriptif. Le saltimbanque est d’abord caractérisé par une série d’adjectifs qui reprennent et développent le sème annoncé par le titre : « voûté, caduc, décrépit », il est « une ruine d’homme » (l. 3), qui tend à se confondre avec sa cahute. Puis une métonymie fait passer des apparences physiques à la misère morale du personnage : « dont deux bouts de chandelles, coulants et fumants, éclairaient trop bien la détresse » (l. 4-5). Le personnage n’est pas davantage caractérisé, sinon, un peu plus loin, par une autre métonymie, inverse de la première : « la misère affublée [...] de haillons comiques » (l. 8). Ces haillons sont, étymologiquement, ceux du comédien. Toutefois le passage du concret à l’abstrait, puis de l’abstrait au concret révèle que la visée du portrait est moins descriptive que symbolique. Le vieillard incarne « la misère absolue » (l. 8), puisqu’il a perdu jusqu’à sa dignité.

II. Une figure allégorique du poète

1. La sympathie du poète

La description épouse le regard du locuteur : « je vis un pauvre saltimbanque » (l. 2), qui n’hésite pas, à la différence de la foule, à s’approcher du personnage. Le poète est « ici » (l. 7) et non dans l’espace vulgaire du « partout » (l. 6-7). De plus, le discours du poète exprime sa compassion : « pour comble d’horreur » (l. 8), « le misérable » (l. 9-10), « quel regard profond, inoubliable » (l. 13). Le réseau lexical de la misère, les accumulations (l. 3, 6, 10-11), la modalité exclamative (l. 13-14) inscrivent la sensibilité du locuteur dans son discours, et donne au texte un caractère lyrique.

 2. Le saltimbanque comme figure de l’artiste

Le saltimbanque, entre « deux bouts de chandelle » (l. 5), affublé « de haillons comiques » (l. 8), apparaît comme un acteur en représentation. Incapable de jouer plus longtemps la comédie, il devient une figure allégorique de l’artiste déchu. « Honteux » (l. 2), il est à l’écart des autres hommes, comme le poète que sa vocation condamne à une sorte d’exil. Le texte traduit à la fois l’éminente dignité de l’artiste (le saltimbanque a « abdiqué » comme un roi) et sa condition tragique (« Sa destinée était faite », l. 12). Les accumulations, les négations répétées (l. 9-11) expriment l’acceptation résignée du destin hors du commun qui est celui du poète.

Dans ce poème en prose, Baudelaire renouvelle le lyrisme, en exprimant sous une forme allégorique la souffrance et la condition du poète. Le vieux saltimbanque devient une figure du destin.

 On peut, pour prolonger le commentaire, citer le dernier paragraphe du poème : « Et, m’en retournant, obsédé par cette vision, je cherchai à analyser ma soudaine douleur, et je me dis : Je viens de voir l’image du vieil homme de lettres qui a survécu à la génération dont il fut le brillant amuseur ; du vieux poète sans amis, sans famille, sans enfants, dégradé par la misère et par l’ingratitude publique, et dans la baraque de qui le monde oublieux ne veut plus entrer ! »

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