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La princesse de Montpensier de Mme de La Fayette : Résumé et analyse



Présentation de La Princesse de Montpensier

Il s'agit d'une nouvelle de Marie-Madeleine Pioche de La Vergne, comtesse de, dite Mme de La Fayette (1634-1693), publiée anonymement à Paris chez Thomas Jolly en 1662.

Première œuvre de l’auteur et appelée à un succès considérable, cette nouvelle historique, écrite en collaboration avec Ménage à partir d’une solide documentation — sans que la fidélité à l’Histoire soit une règle absolue —, rompt avec les grands romans de l’époque antérieure et illustre certains principes exposés en 1656 par Segrais dans ses Nouvelles françaises. La sobriété d’un récit linéaire, l’analyse des motivations des personnages par un narrateur omniscient y concourent à la peinture des ravages de l’amour à travers plusieurs figures exemplaires.

Résumé de La nouvelle

Des rivalités familiales conduisent la très jeune Mlle de Mézières à épouser M. de Montpensier alors qu’un amour réciproque l’unit au duc de Guise. Retirée à Champigny, elle fait du comte de Chabanes, un ami de son mari, son confident; il parfait son éducation et, au bout d’un an, lui dit sa passion; elle répond par l’indifférence. Lorsque le duc d’Anjou et le duc de Guise, égarés dans la forêt, aperçoivent la jeune femme sur un bateau au milieu d’une rivière, puis séjournent à Champigny, l’amour renaît entre les deux anciens «amants». Le duc de Guise s’en cache au duc d’Anjou, lui-même séduit. Tous reviennent à la cour. Le duc de Guise avoue ses sentiments à Mme de Montpensier; elle connaît la jalousie; il renoncera pour elle à un haut mariage. Au cours d’un ballet, elle s’adresse au duc d’Anjou, croyant parler à son «amant». Furieux d’avoir Guise pour rival, Anjou le menace, pousse le roi contre lui. L’amour devenant trop visible, M. de Montpensier envoie son épouse à Champigny. Elle se confie à Chabanes, qui sert d’intermédiaire avec Guise et l’introduit dans le château; le mari survenant, Chabanes permet à Guise de s’enfuir et passe pour l’amant. Désespéré, il disparaît, et il sera, peu après, une victime innocente de la Saint-Barthélemy. Guise en aime déjà une autre. Mme de Montpensier meurt, incapable de «résister à la douleur d’avoir perdu l’estime de son mari, le cœur de son amant et le plus parfait ami qui fut jamais».

La princesse de Montpensier, éléments d'analyse

Si l’Avertissement annonce des «aventures inventées» à partir de noms empruntés à l’Histoire, l’ancrage historique de la nouvelle en constitue bien un aspect novateur: l’intrigue, ponctuée de guerres successives, conduit, après l’exposition, du mariage de l’héroïne (1566) à la Saint-Barthélemy (1572); même si les dates sont rares, des événements historiques encore présents dans les mémoires servent de points de repère. Il s’agit, par-delà l’Histoire, d’éclairer les motivations secrètes des plus hauts personnages — leurs haines, qui se traduiront politiquement, sont l’effet de rivalités amoureuses — et d’inscrire l’intrigue dans un contexte de violence: celui des guerres de Religion. Dès la première phrase, le ton est donné: «L’amour ne laissait pas de trouver sa place parmi tant de désordres et d’en causer beaucoup.» À la guerre civile répond la guerre intérieure, celle que la passion mène contre l’individu, et qui trouve inéluctablement, laisse entendre l’auteur, une issue fatale (Chabanes, Mme de Montpensier).

Car la nouvelle se veut clairement édifiante: Mme de Montpensier «aurait été sans doute la plus heureuse [des princesses] si la vertu et la prudence eussent conduit toutes ses actions», tels seront les derniers mots du texte, sa véritable morale. La conduite rigoureuse du récit connaît des variations de tempo pour s’attarder sur de grandes scènes: la rencontre sur la rivière, tissée d’éléments empruntés à l’imaginaire de la littérature médiévale, aventure extraordinaire qui «parut [aux deux ducs] une chose de roman»; le ballet à la cour; la scène finale au château de Champigny, décor Renaissance savamment utilisé. Tout se joue au château, mais tout s’est définitivement noué à la cour (épisode central durant lequel disparaît Chabanes, comme pour mieux signifier la vulnérabilité de la princesse), sous des regards qu’on tente d’éviter. On suit l’abandon progressif de la princesse à sa passion destructrice: dans les premiers temps de son mariage, en l’absence d’un mari parti à la guerre et qui ne lui portera quelque attention, sous la forme de la jalousie la plus violente, qu’au moment où il la verra désirée par d’autres, elle a cru pouvoir utiliser son inclination «presque éteinte» pour se garder de toute galanterie. Vanité de cette prétendue maîtrise de soi, souligne Mme de La Fayette: la princesse connaît la jalousie, avoue sans résister, éprouve quelque honte après coup — introspection rétrospective ici limitée mais qui deviendra essentielle dans la Princesse de Clèves —, se perd pour un amant inconstant. Expansive, elle se livre sans retenue: sa déchéance est inexorable.

Pour que la toute-puissance de l’amour s’impose au lecteur, il fallait à Mme de Montpensier un double héroïque: ce sera Chabanes, le seul personnage inventé de toutes pièces (hormis son nom). Plus âgé qu’elle, mentor victime de l’attention qu’il a portée à la princesse, confident qui essaie de resserrer les liens conjugaux, puis entremetteur par faiblesse, il ne cesse de lutter inutilement, avec une lucidité inentamée. C’est à lui que s’applique la phrase emblématique du texte, celle qui permet d’y voir l’illustration romanesque d’une loi morale: «L’on est bien faible quand on est amoureux.» La sentence frappe d’autant plus qu’elles sont ici relativement rares et que celle-ci est utilisée pour accélérer le récit, non pour le commenter. C’est à son propos également que le narrateur emploie les hyperboles les plus extrêmes: effet «extraordinaire» de la «passion la plus extraordinaire du monde» lorsqu’il devient entremetteur pour une femme qui rejette son amour; «générosité sans exemple» lorsqu’il permet la fuite de Guise pour sauvegarder celui qu’elle aime. Bien que la passion le conduise à trahir M. de Montpensier, son ami, il est seul admirable et digne de pitié: les autres ne sont que faiblesse sans grandeur, sombre jalousie ou amour éphémère. Lui seul atteint au sublime, non dans l’impossible renoncement à l’amour, mais dans le sacrifice de soi. Avec lui culmine le pessimisme de l’œuvre: quand la passion triomphe, l’héroïsme ne peut plus se conquérir que dans la défaite.

D. MONCOND’HUY, Dictionnaire des oeuvres littéraires de langue française. Bordas, Paris 1994

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