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Thèmes et méthode : dissertation résumé synthèse

Commentaire de texte: autrui et connaissance de soi (Aristote)

 

I - Texte commenté : Aristote (autrui et connaissance de soi)

Vous dégagerez l’intérêt philosophique de ce texte en procédant à son étude ordonnée.

Apprendre à se connaître est très difficile [...] et un très grand plaisir en même temps (quel plaisir de se connaître!); mais nous ne pouvons pas nous contempler nous-mêmes à partir de nous-mêmes : ce qui le prouve, ce sont les reproches que nous adressons à d’autres, sans nous rendre compte que nous commettons les mêmes erreurs, aveuglés que nous sommes, pour beaucoup d’entre nous, par l’indulgence et la passion qui nous empêchent de juger correctement. Par conséquent, à la façon dont nous regardons dans un miroir quand nous voulons voir notre visage, quand nous voulons apprendre à nous connaître, c’est en tournant nos regards vers notre ami que nous pourrions nous découvrir, puisqu’un ami est un autre soi-même. Concluons: la connaissance de soi est un plaisir qui n’est pas possible sans la présence de quelqu’un d’autre qui soit notre ami; l’homme qui se suffit à soi-même aurait donc besoin d’amitié pour apprendre à se connaître soi-même.

Aristote

II - Analyse du texte à commenter

• Thème aisément repérable : l’amitié est nécessaire pour se connaître soi-même.

• Cela suppose que l’ami soit bien «un autre soi-même » (image du miroir) : l’amitié est-elle nécessairement de cette nature ?

• Attention à la dernière phrase : qu’est-ce qu’un «homme qui se suffit à soi-même », alors même qu’il a besoin d’un ami pour se connaître ?

 

II -  Commentaire de texte (Plan développé) 

Introduction du commentaire: 

On admet volontiers que la connaissance de soi est difficile. Une solution classique consiste à passer par la médiation d’autrui. Ce qu’Aristote propose ici est plus précis : on doit passer par l’ami, conçu comme «un autre soi-même ».

I. Comment se connaître directement?

a. Se connaître apporte un grand plaisir, mais est très difficile. On peut souligner le paradoxe : je peux sembler être mon «objet» le plus proche alors que je suis le moins facile à cerner.

b. Pourquoi cette difficulté?

— impossible de se «contempler », ou, en termes plus récents, de s’objectiver : je ne suis pas un objet ordinaire pour moi-même, puisque je ne peux sortir de moi pour m’examiner en totalité;

— je risque toujours d’être indulgent à mon propre égard (je me pardonne trop facilement mes propres erreurs);

— c’est aussi la passion qui fausse le jugement sur moi (on retrouve l’accusation classique: la passion perturbe la raison).

c. Preuve : je suis plus exigeant à l’égard des autres qu’à l’égard de moi-même, notamment lorsque je suis attentif à leurs erreurs, sans me rendre compte que je commets les mêmes. C’est que l’« autre» peut être examiné comme objet.

II. L’ami comme miroir

a. Un miroir nous révèle notre image, au moins physique (Aristote en néglige ici l’inversion, et le caractère incomplet).

b. En affirmant qu’un ami est « un autre soi-même », on peut donc avoir recours à ce qu’il nous montre de nous comme à un miroir : il est là question, non du physique (l’ami n’est pas un jumeau) mais des comportements, des goûts, des intérêts, etc.

e. L’ami, étant autre que moi, peut en effet être appréhendé de l’extérieur, et, s’il fait bien office de miroir, il me renvoie des attitudes qui sont les miennes.

d. Remarque : Aristote admet que l’ami est l’exact équivalent de moi, mais extériorisé, spectacularisé. Mais il sous-entend aussi que l’indulgence et la passion qui faussent mon jugement direct sur moi n’interviennent plus lorsqu’il s’agit de l’ami. N’y a-t-il pas là une difficulté? Car l’amitié, en tant que relation affective, risque aussi de fausser le jugement.

III. L’autosuffisance absolue n’est pas possible

a. La prétention à l’autosuffisance va de pair avec l’ignorance de ce que l’on est. La solitude complète détermine l’aveuglement sur soi. L’homme a donc besoin de la relation d’amitié s’il veut comprendre ce qu’il est.

b. Cela vient du fait que l’autosuffisance implique la présence de certains plaisirs : comme la connaissance de soi est un plaisir, elle est nécessaire. Pour la réaliser, il faut néanmoins avoir un ami. Il n’y a donc d’autosuffisance réelle que pour deux amis (puisque, réciproquement, mon ami pourra se connaître grâce au miroir que je suis pour lui).

c. Réflexion caractéristique d’une pensée qui affirme l’impossibilité, pour l’homme, de la vie solitaire — et c’est bien pourquoi la société, pour Aristote, est « naturelle ». De plus, on peut faire valoir:

— que l’amitié peut être définie au contraire comme relation entre deux individus complémentaires, et non semblables ;

— que l’« autre soi-même» va dans le sens de l’uniformité des consciences, et néglige le fait fondamental de l’altérité.

Conclusion du commentaire

Texte caractéristique d’un moment de la philosophie où l’altérité n’est perçue que de manière négative, et non comme susceptible d’enrichir le sujet. La ressemblance entre les amis peut sembler peu féconde : comment dialoguer avec l’autre, s’il est déjà, par définition, du même avis que moi?

 

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